Après plusieurs mois de détention préventive, Ndèye Seynabou Ndiaye, la gérante de Woodrose Investment Ltd, a obtenu la liberté provisoire. Un tournant majeur dans le dossier des 125 milliards de FCFA qui secoue le Pool judiciaire financier depuis janvier.
Présentée comme la gérante de Woodrose Investment Ltd, société de droit ivoirien créée le 12 octobre 2017, Ndèye Seynabou Ndiaye a été inculpée et placée sous mandat de dépôt par le doyen des juges du pôle financier pour « association de malfaiteurs, abus de biens sociaux et complicité d’escroquerie sur les deniers publics », portant sur 31 milliards de FCFA. La Cellule nationale de traitement des informations financières (Centif) avait relevé une transaction suspecte : un bon de caisse de 10 milliards de FCFA déposé par Farba Ngom sur le compte de Woodrose logé à la NSIA Bank. Problème : une procuration bancaire avait été établie au profit d’Amadou Sall, fils de l’ancien président Macky Sall, faisant de lui le bénéficiaire économique présumé. Devant le juge, Ndèye Seynabou Ndiaye a nié avoir donné une procuration à Amadou Sall. Elle affirme que sa signature a été imitée et a annoncé une plainte pour faux contre le notaire Moustapha Ndiaye et son associé Tamsir Ndiaye. Elle conteste être la véritable bénéficiaire des flux financiers.
Convoquée le 8 mai au Pool judiciaire financier, elle avait été immédiatement placée sous mandat de dépôt. Depuis, ses avocats ont multiplié les demandes de mise en liberté provisoire, arguant de l’absence de risque de fuite, de la nécessité de préparer sa défense et des contestations sérieuses sur les pièces du dossier. Dans ce type d’affaire, la liberté provisoire est souvent conditionnée au remboursement, au cautionnement ou à des contestations sérieuses. Le dossier Woodrose, lié aux auditions d’Amadou Sall et d’Abdou Karim Mbacké prévues les 18 et 19 novembre, reste ouvert et tentaculaire.
La décision ne vide pas le dossier. L’instruction se poursuit au fond et Ndèye Seynabou Ndiaye reste inculpée. Mais elle pourra désormais organiser sa défense en dehors de la Maison d’arrêt des femmes de Liberté 6. C’est aussi un signal : après Farba Ngom et Tahirou Sarr, tous placés sous mandat de dépôt dans le même rapport CENTIF sur les 125 milliards, la procédure entre dans une phase où les juges arbitrent au cas par cas les demandes de mise en liberté. Le Collège des juges d’instruction doit entendre Amadou Sall et les autres personnes citées. L’enquête cherche toujours à établir la traçabilité des 125 milliards et le rôle exact de Woodrose Investment Ltd. Pour Ndèye Seynabou Ndiaye, l’enjeu sera de prouver le faux en écriture qu’elle dénonce et de se dissocier des 10 milliards qui ont transité par le compte qu’elle avait ouvert.
