Pendant que la diplomatie s’active à Rabat, le ton monte à Dakar. El Hadji Ousseynou Diouf, ex-capitaine des Lions et ambassadeur de la FSF, a frontalement mis en cause l’État sénégalais dans la gestion du dossier des 18 supporters détenus au Maroc depuis la finale de la CAN 2025. Des propos qui lui valent déjà un recadrage officiel de la Fédération.
18 supporters toujours dans les geôles marocaines
Tout commence le 18 janvier 2025, au soir de Maroc-Sénégal. À Rabat, des échauffourées éclatent. 18 supporters sénégalais sont arrêtés pour « hooliganisme » : violences sur forces de l’ordre, dégradation d’équipements, invasion de pelouse, jet de projectiles.
Le 19 février, le tribunal de Rabat condamne : 9 à un an ferme + 5 000 dirhams, 6 à six mois + 2 000 dirhams, 3 à trois mois + 1 000 dirhams. Le parquet fait appel et réclame jusqu’à deux ans ferme. Le procès en appel, renvoyé plusieurs fois, s’est tenu lundi à Rabat. Amadou Chérif Diouf, secrétaire d’État chargé des Sénégalais de l’Extérieur, était dans la salle : « Nous prions et agissons pour leur libération ».
Trois des détenus ont été libérés le 18 avril 2026. Quinze restent en détention. Leur avocat, Me Patrick Kabou, dénonce « des procédures entachées d’irrégularités » et des peines « disproportionnées ».
La charge de Diouf : « L’État doit nous respecter »
Samedi dernier, lors d’un concert de Youssou Ndour célébrant le sacre à la CAN, El Hadji Diouf, médaille au cou, lâche :
« Youssou Ndour et moi, nous sommes un État. Nous sommes plus forts que l’État. Nous avons tout fait pour cet État, donc l’État doit nous respecter et nous laisser tranquilles. Sinon, il n’y aura pas de paix ».
La FSF se désolidarise et « condamne fermement »
La réponse ne s’est pas fait attendre. Dimanche 25 janvier 2026, la Fédération Sénégalaise de Football publie un communiqué cinglant :
« La FSF tient à se démarquer totalement des propos tenus par Monsieur Diouf à l’égard de l’État du Sénégal. L’instance condamne fermement, tant le fond que la forme des réclamations formulées concernant l’octroi des terrains (…) Les propos de Monsieur Diouf n’engagent que sa propre personne ».
La FSF rappelle que le dossier foncier « fait l’objet d’une prise en charge diligente par les plus hautes autorités » et qu’elle privilégie « le dialogue républicain et les canaux administratifs appropriés », pas la presse. Elle précise aussi que les « prises de position sur la gouvernance du football international » de Diouf ne reflètent pas sa ligne.
Le dossier des supporters : mobilisation diplomatique tous azimuts
Pendant ce temps, l’État multiplie les initiatives. Le président Bassirou Diomaye Faye a officiellement sollicité la grâce royale auprès de Mohammed VI. Ousmane Sonko, en janvier, a rencontré Aziz Akhannouch à Rabat pour « dépasser la polémique ». Cheikh Niang, ministre des Affaires étrangères, évoque devant l’Assemblée des « assurances reçues de la partie marocaine » et espère une libération « très bientôt ».
La LONASE a débloqué 18 millions FCFA pour les familles. Quatre officiers sénégalais ont été dépêchés pour suivre le dossier. L’ambassade veille « scrupuleusement aux conditions de détention » : les détenus disposent de chambres individuelles.
Une polémique qui tombe mal
La sortie de Diouf intervient alors que la FSF est déjà sous pression. Son président accuse le Maroc de « manipuler la CAF ». La société civile parle de « prise d’otage » et dénonce une « opacité judiciaire ». Dans ce climat, les propos de l’ancien n°11 sont jugés « lunaires » et « inutiles » par des observateurs.
« Encore un dérapage médiatique inutile », tacle Alhousseynou Diallo. « Pendant qu’on attend des explications sur les supporters détenus au Maroc et les communiqués à charge de la CAF et de la FIFA, la FSF choisit de communiquer sur un sujet qui ne la concerne pas », ajoute-t-il, visant à la fois Diouf et la Fédération.
Diplomatique : Dakar mise sur la clémence royale et la « qualité des relations historiques » avec Rabat pour ne pas voir la situation durer.
Politique interne : L’affaire des terrains et la charge de Diouf rouvrent le débat sur le statut des anciens Lions, les promesses de l’État et la liberté de ton des « légendes ».
El Hadji Diouf voulait mettre la pression pour les supporters et ses terrains. Il a surtout braqué la Fédération et remis l’État au centre du jeu. Reste à savoir si ses « coups de gueule » accéléreront la libération des 15 supporters encore détenus au Maroc, ou s’ils compliqueront davantage une affaire déjà ultra-sensible.
