Devant la chambre des crimes financiers de la Cour d’appel de Casablanca, la défense de l’ancien ministre et ex-président de la commune de Fquih Ben Saleh, Mohamed Moubdii, a livré une longue plaidoirie offensive contre le réquisitoire du ministère public, dénonçant un dossier fondé, selon elle, sur des « généralités » et des témoignages dépourvus de valeur probante.
Menée par l’avocat Brahim Amoussi, la défense a tenté de déconstruire point par point les accusations visant l’ancien responsable politique, poursuivi dans une affaire liée à la gestion de marchés publics durant son mandat à la tête de la commune. Face à l’instance présidée par le conseiller Ali Tarchi, l’avocat a soutenu que les charges retenues contre son client ne reposaient sur « aucune preuve matérielle certaine », mais sur des interprétations et des conclusions qu’il juge insuffisamment étayées.
« Les affaires pénales ne peuvent être construites ni sur des suppositions ni sur des appréciations générales », a insisté la défense, estimant que le ministère public s’était appuyé sur des témoignages « juridiquement et moralement irrecevables », certains de leurs auteurs ayant été directement impliqués dans les faits examinés dans le dossier.
L’avocat Brahim Amoussi s’est notamment arrêté sur le marché public conclu en 2017, au sujet duquel des irrégularités auraient été constatées concernant l’augmentation du volume des travaux et leur inachèvement. Pour lui, les accusations formulées à ce propos relèvent d’« un récit général dépourvu de preuves précises ». La défense a développé le même argument concernant le marché n°12/2014, évoqué par le parquet comme un exemple de dépassements et d’irrégularités présumées. Selon elle, les faits reprochés restent « totalement imprécis » et ne s’appuient sur aucun élément concret.
Tout au long de sa plaidoirie, la défense a cherché à replacer la gestion de Mohamed Moubdii dans le contexte des projets d’aménagement lancés à Fquih Ben Saleh durant son mandat. Elle a affirmé que les marchés publics concernés n’avaient procuré « aucun avantage personnel ni bénéfice financier
» à l’ancien président de la commune, évoquant au contraire « un vaste chantier urbain » ayant transformé les infrastructures et le paysage de la ville.
Dans une séquence inhabituelle au sein de l’audience, les avocats ont présenté à la cour des photographies des travaux réalisés sous la présidence de Moubdii : avenues, aménagements urbains et équipements esthétiques, notamment des fontaines intégrées aux projets de réhabilitation. La défense a soutenu que la ville dispose désormais de « l’une des meilleures avenues principales du Maroc ».
« Accuser est la partie la plus facile ; le plus difficile reste de prouver les accusations », a lancé Brahim Amoussi, rappelant que la défense faisait face à des rapports émanant de l’Inspection générale du ministère de l’Intérieur, du ministère public et du juge d’instruction. Pour autant, cela n’empêche pas, selon lui, « de démonter les conclusions sur lesquelles les poursuites ont été fondées ».
La défense s’est également attardée sur le témoignage d’un homme désigné sous le nom de « Bassou ». Selon l’avocat, la police judiciaire l’aurait traité comme un « bienfaiteur », alors même qu’il aurait bénéficié de marchés de sous-traitance. Les personnes impliquées dans ces opérations ont été qualifiées par la défense de « voleurs de l’argent public ».
D’après Amoussi, ce témoin a affirmé avoir lui-même procédé à l’arrachage d’arbres sans percevoir les montants qui lui étaient dus, alors que chaque arbre aurait été facturé à près de 6.000 dirhams. La défense a toutefois contesté la crédibilité technique de cette déclaration, soulignant que certains arbres mentionnés atteindraient jusqu’à 60 mètres de hauteur, rendant impossible leur extraction manuelle sans recours à des équipements lourds.
Dans le même registre, l’avocat a considéré que plusieurs témoignages versés au dossier relevaient de « simples propos sans fondement réel », tout en exprimant des réserves explicites quant à leur contenu. Il a également évoqué la question du retrait de certains marchés à des groupements d’entreprises, rappelant que cette procédure répond à un cadre légal précis et ne saurait, à elle seule, constituer une preuve de corruption ou de dysfonctionnement.
La défense a par ailleurs affirmé que Mohamed Moubdii avait adressé des demandes d’explication et des avertissements aux entreprises concernées par certains marchés controversés afin de corriger les insuffisances constatées. Des démarches qui, selon elle, avaient été entreprises dans le strict cadre légal et dans une logique de suivi normal des projets publics.
Au cours de l’audience, Brahim Amoussi a également pointé le rôle d’un homme surnommé « Sahraoui », qu’il accuse d’avoir été à l’origine de « l’embrasement de cette affaire », sur fond de différends avec une autre personne dénommée « El Madani », également détenue dans ce dossier aux côtés de Mohamed Moubdii. Selon la défense, Sahraoui n’aurait pas rempli ses missions de contrôle des travaux alors qu’il était directement chargé du suivi des projets.
Sur le volet civil, les avocats de Mohamed Moubdii ont demandé le retrait du mémoire des demandes civiles, estimant que l’avocat représentant actuellement la commune de Fquih Ben Saleh avait auparavant collaboré avec celle-ci durant la présidence de leur client. Une situation qui, selon eux, soulève des interrogations liées au secret professionnel et à la déontologie de la profession d’avocat.
« Il n’est pas possible de plaider hier en faveur de Moubdii puis aujourd’hui contre lui devant la chambre des crimes financiers », a déclaré la défense, précisant qu’une plainte officielle avait été adressée au bâtonnier de l’Ordre des avocats de Béni Mellal afin qu’il statue sur cette question.
L’avocat est également revenu sur le marché n°6/2016 relatif à l’aménagement de l’avenue Allal Ben Abdellah, soulignant que plusieurs départements ministériels avaient participé à ce projet. Il a estimé que le rapport de l’Inspection générale du ministère de l’Intérieur concernant ce marché « manquait de précision ».
Au terme de sa plaidoirie, la défense de Mohamed Moubdii a demandé l’acquittement de son client pour l’ensemble des charges retenues contre lui, estimant que le dossier ne contenait aucune preuve matérielle solide susceptible d’établir l’existence d’actes criminels justifiant une condamnation.
