Quelques jours après les condamnations internationales suscitées par les tirs visant des cibles civiles à Es-Smara, le Polisario contre-attaque sur le terrain politique et médiatique. Tout en dénonçant une mobilisation orchestrée par les puissances occidentales, le Front évite soigneusement de s’en prendre directement aux États-Unis, à l’origine de la séquence diplomatique qui a suivi l’attaque.
Dans les camps de Tindouf, la réaction du Polisario a mis plusieurs jours à se structurer après la vague de condamnations internationales provoquée par l’attaque du 5 mai à Es-Smara. La prise de position est venue de Bachir Mustapha Sayed, figure historique du mouvement et actuel président du «parlement sahraoui», dans un message diffusé à des cadres du Front et relayé par des médias proches des camps de Tindouf.
Dans cette déclaration, le responsable sahraoui décrit une «dangereuse escalade diplomatique» qu’il attribue à une coordination entre les membres permanents du Conseil de sécurité et plusieurs capitales occidentales. Selon lui, cette dynamique s’inscrirait dans une tentative de délégitimation du Front et de son action sur le terrain, en lien avec le dossier du Sahara occidental.
Le discours vise avant tout un public interne. Bachir Mustapha Sayed y insiste sur la nécessité de «résister à la pression internationale» et appelle à renforcer la communication du mouvement à travers une série d’initiatives médiatiques, notamment des conférences de presse à New York et dans plusieurs capitales européennes. L’objectif affiché est de contrer ce qu’il qualifie de «campagne de désinformation».
En arrière-plan, cette prise de parole intervient dans un contexte de forte sensibilité diplomatique. Les condamnations des tirs sur Es-Smara se sont multipliées dans les heures ayant suivi la réaction des États-Unis, qui ont joué un rôle central dans l’activation des positions occidentales. Plusieurs partenaires de Washington ont ensuite relayé des positions similaires, renforçant l’isolement diplomatique du Front sur cet épisode.
Dans ce cadre, la ligne adoptée par le Polisario apparaît nuancée. Si le mouvement dénonce une responsabilité collective des puissances occidentales, il évite de cibler directement l’administration du président Donald Trump, pourtant au cœur de la dynamique de réaction internationale.
Ce choix tranche avec certaines périodes antérieures, où les relations avec Washington étaient abordées de manière plus frontale. En 2000, Bachir Mustapha Sayed, alors en charge de la diplomatie du mouvement, avait évoqué la possibilité d’un accord stratégique incluant l’installation d’une base militaire américaine dans un Sahara occidental sous contrôle du Front, en échange d’une reconnaissance de la «RASD».
Cette évolution du discours illustre une approche plus prudente, dans un contexte où le Polisario cherche à maintenir ses canaux diplomatiques ouverts tout en répondant à une pression internationale accrue. Elle reflète aussi les tensions entre deux impératifs : mobiliser sa base politique et éviter une rupture avec des acteurs clés du système onusien.
Enfin, la référence persistante au référendum d’autodétermination s’inscrit dans une ligne défensive classique du mouvement. Bachir Mustapha Sayed rappelle que le cessez-le-feu conclu sous l’égide de l’ONU n’a jamais été suivi de la consultation promise, une option progressivement marginalisée dans les résolutions du Conseil de sécurité depuis le début des années 2000.
