L’Asie du Sud-Est est depuis longtemps devenue un centre majeur d’opérations de fraude en ligne, qui rapportent chaque année des milliards de dollars. Cette industrie de la cybercriminalité est alimentée par quelque 300 000 travailleurs originaires de près de 70 pays ; des travailleurs qui sont eux-mêmes victimes d’exploitation, d’abus, d’agressions sexuelles et de torture.
Ils se retrouvent bloqués dans des pays comme le Myanmar ou le Cambodge.
Les ressortissants africains constitueraient désormais le plus grand groupe parmi ces personnes contraintes de travailler dans des usines à arnaques.
Pour beaucoup, cette descente aux enfers a débuté par une simple offre d’emploi en ligne. Attirés par la promesse d’un emploi bien rémunéré, des travailleurs du monde entier se retrouvent séquestrés dans les scam factories, les usines à arnaques.
Leur tâche consiste par exemple à utiliser de faux profils sur les réseaux sociaux pour escroquer d’autres utilisateurs.
« Ils m’ont infligé des chocs électriques, explique une victime. Ils m’ont vaporisé un produit sur les pieds. Je ne voyais plus rien. Ils m’ont frappé avec un bâton, m’ont donné des coups de pied et des coups de poing”. L’homme, hospitalisé pendant trois semaines, est désormais incapable de payer ses frais médicaux.
Campagne de répression contre les usines à arnaques en ligne
Pressé par la communauté internationale, le Cambodge a fini par lancer une importante répression contre cette cybercriminalité.
Mais depuis, les victimes de cette traite des êtres humains se retrouvent pour beaucoup bloquées dans le pays.
C’est notamment le cas des ressortissants de pays africains qui ne disposent pas de représentations consulaires sur place, comme l’Ouganda, le Liberia, le Ghana et le Nigeria.
« Certains d’entre eux ont été placés en détention, voire emprisonnés, dans l’attente de leur départ du pays », explique Montse Ferrer, d’Amnesty international. « D’autres vivent dans la rue en attendant que leur pays les rapatrie, ou que la police les interpelle, les place en détention ou qu’ils trouvent, par miracle, refuge dans un centre d’accueil. »
Emmanuel David, 28 ans, originaire du Liberia, était venu pour un contrat de 800 dollars par mois, soit plus du double du salaire moyen des personnes qualifiées au Liberia.
Mais une fois au Cambodge, il a été contraint de travailler 14 heures par jour, à soutirer de l’argent à des femmes sur des applications de rencontres.
N’atteignant pas son quota d’arnaques par jour, son employeur lui a facturé la nourriture et le logement, confisqué ses biens et son passeport.
Aujourd’hui, Emmanuel David espère trouver un moyen de rentrer chez lui. Il a contacté le gouvernement du Liberia, qui lui aurait transmis une lettre.
« Je l’ai envoyée aux services d’immigration du Cambodge, mais ils m’ont demandé d’acheter un billet de retour, explique-t-il. Mais je n’ai pas l’argent nécessaire pour acheter un billet d’avion. »
Des expulsions et arrestations de masse
Nombre de victimes sont aujourd’hui endettées et se retrouvent à devoir payer des amendes de dépassement de délai pour leur visa au Cambodge. Des amendes qui peuvent atteindre plusieurs milliers de dollars.
Amnesty International parle d’une crise humanitaire et rappelle que ces anciens travailleurs des usines à arnaques sont des victimes, et ne doivent pas être poursuivis comme des criminels.
Le gouvernement cambodgien affirme que plus de 700 complexes, principalement contrôlés par des ressortissants chinois, ont déjà été perquisitionnés. Près de 60 000 ressortissants étrangers ont été expulsés et près de 30 000 suspects arrêtés au cours de l’année écoulée.
Auteur: La rédaction francophone de la DW
