Le 30 septembre 2022, il y a tout juste quatre ans, le capitaine Ibrahim Traoré accédait au pouvoir par la force au Burkina Faso.
Il était alors âgé de 34 ans, au moment du coup d’État qui a renversé le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, lui aussi arrivé au pouvoir par un putsch.
Au cours d’une interview accordée dimanche dernier aux journalistes de la Radiodiffusion Télévision du Burkina (RTB), le média d’État, Ibrahim Traoré a affiché son autosatisfaction. Il a affirmé que l’armée avait reconquis plusieurs zones du territoire burkinabè qui étaient contrôlées ou sous la menace des groupes djihadistes.
Le numéro un burkinabè a également égrené une série d’actions qui auraient contribué, selon lui, à améliorer les conditions de vie de ses compatriotes : le renforcement des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), la relance de projets industriels, la nationalisation de certaines ressources minières et le développement des infrastructures à travers des programmes comme Faso Mêbo, entre autres.
Ses quatre années au pouvoir ont également été marquées par la rupture avec l’ancienne puissance colonisatrice, la France, le rapprochement du Burkina Faso avec la Russie et un engagement renforcé au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Toutefois, le bilan est plus sombre en ce qui concerne la démocratie et les droits humains. Plusieurs voix critiques des militaires au pouvoir sont en prison. Certains ont même été envoyés de force en première ligne contre les groupes djihadistes.
On peut notamment citer le cas de maître Guy Hervé Kam, avocat burkinabè et figure de la société civile. Il est incarcéré depuis janvier 2024.
Des organisations de défense des droits de l’Homme, comme Human Rights Watch, la Fédération internationale des droits de l’Homme ou encore l’Organisation mondiale contre la torture, dénoncent régulièrement la répression menée contre les journalistes, les défenseurs des droits humains, les responsables associatifs et les opposants politiques.
Ces organisations font état d’arrestations arbitraires et de disparitions forcées.
On observe également un rétrécissement de l’espace civique, avec la dissolution de formations politiques.
Enfin, comme dans les autres pays de l’AES, la transition militaire en cours se prolonge sans calendrier précis.
Après avoir estimé que la démocratie était inadaptée face aux priorités sécuritaires de son pays, le capitaine Ibrahim Traoré a récemment annoncé l’élaboration d’une nouvelle Constitution destinée à « réorganiser totalement » l’État.
