Face à ce qu’il qualifie d’« insécurité foncière permanente », le GIE Tivaouane Peulh Recasement 2 brise le silence. Par la voix de son coordinateur et vice-président, Magatte Diop, le collectif appelle à une intervention urgente du chef de l’État afin de matérialiser un projet de recasement qui piétine depuis 2019.
L’affaire des démolitions de Tivaouane Peulh revient ainsi sur la table du pouvoir Exécutif. Réunis en urgence, les membres du collectif des victimes ont rendu publique une lettre ouverte adressée directement au chef de l’État Bassirou Diomaye Diakhar Faye.
Leur message est sans détour : obtenir l’arbitrage du « gardien de la Constitution » face à un imbroglio administratif et judiciaire qui plonge des dizaines de familles de la banlieue dakaroise dans le désarroi depuis plus de sept ans.
À l’origine de cette crise : les vagues de démolitions ayant frappé de nombreuses familles de la zone. Pour réparer le préjudice, l’État du Sénégal avait acté dès 2019 le principe d’un recasement. Une assiette foncière de 20 ha, à prélever sur le titre foncier 7435/R, avait été formellement fléchée à cet effet. Mais sur le terrain, la concrétisation de cette promesse se heurte à des lenteurs bureaucratiques majeures.
Si des avancées administratives notables ont été enregistrées telles que l’obtention d’une autorisation de lotir et l’inscription d’une pré-notation pour protéger les droits des victimes, le transfert définitif des baux reste bloqué.
Selon le collectif, le dénouement dépend désormais des services du Domaine, qui doivent acter le retrait partiel du bail initialement détenu par le promoteur privé SIPRES.« Cette situation d’attente prolongée maintient les bénéficiaires dans une insécurité foncière permanente », s’est alarmé Magatte Diop, rappelant que le site a déjà été le théâtre d’« événements particulièrement douloureux », notamment de nouvelles démolitions en 2022 par voie d’huissier.
L’inquiétude s’est accentuée ces dernières semaines avec l’ouverture d’une bataille judiciaire devant le tribunal de grande instance de Rufisque. La SIPRES y a engagé des procédures visant à faire annuler la pré-notation du titre foncier.
Pour les sinistrés, cette pré-notation constitue pourtant l’unique garde-fou juridique garantissant qu’ils ne seront pas expulsés des parcelles qu’ils occupent déjà en partie.
Le GIE Tivaouane Peulh Recasement 2 redoute qu’en l’absence d’une réaction rapide des autorités, les acquis obtenus de haute lutte au cours des dernières années ne soient définitivement balayés. Refusant le statut de victimes éternelles, les résidents articulent leur revendication autour de trois exigences qu’ils jugent non négociables : le retrait partiel immédiat du bail de la SIPRES sur les 20 ha dédiés au projet, l’octroi direct des droits de bail aux bénéficiaires légitimes regroupés au sein du GIE et la sécurisation foncière définitive et opposable de toutes les victimes déjà installées sur le site.
Pour le collectif, cette affaire représente un test majeur pour le nouveau régime en matière de justice sociale et de gestion des litiges fonciers périurbains. En appelant à l’arbitrage direct du Président de la République, les familles de Tivaouane Peulh espèrent clore définitivement un chapitre douloureux de leur histoire et voir enfin les engagements de l’État respectés.
