Le président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, a nommé, par décret n° 2026-1318 du 13 juillet 2026, Ousmane Diagne président du Conseil constitutionnel, en remplacement de feu Mamadou Badio Camara. Cette nomination marque le retour au premier plan de l’ancien ministre de la Justice, plusieurs mois après son départ du gouvernement.
Ousmane Diagne avait été remplacé le 6 septembre 2025 à la tête du ministère de la Justice lors d’un remaniement ministériel. Le décret présidentiel avait alors acté son départ au profit de Yassine Fall, membre du Pastef et proche d’Ousmane Sonko, Premier ministre d’alors, qui avait été nommée garde des Sceaux. Ce remaniement avait également entraîné la sortie du gouvernement de plusieurs autres ministres, dont le général Jean-Baptiste Tine à l’Intérieur, tandis que Cheikh Niang prenait les rênes du ministère des Affaires étrangères.
Le refus des pressions face à l’aile politique
« Je n’ai jamais accepté qu’on fasse pression sur moi, surtout dans un sens déterminé. Qu’on ne compte pas sur moi pour exercer la moindre pression sur les magistrats du siège. » Ce 2 avril 2025, devant les députés, le ministre sénégalais de la Justice, Ousmane Diagne, plaidait le respect des règles de procédure, refusant toute forme de précipitation face aux supposées lenteurs que beaucoup de membres de Pastef lui reprochaient. Aujourd’hui, il occupe l’une des stations les plus privilégiées de la magistrature.
Cette rigueur procédurale avait d’ailleurs cristallisé des tensions au sommet. En mi-novembre 2024, en pleine campagne électorale en perspective des législatives anticipées, le leader de Pastef et chef du gouvernement avait fait une sortie au vitriol, indexant nommément les ministres de l’Intérieur et de la Justice.
« Je suis le Premier ministre du Sénégal. J’ai le droit de donner des ordres au ministre de l’Intérieur et à celui de la Justice. Ce dernier est une autorité politique, ce n’est pas une autorité judiciaire. Des gens disent qu’il a une indépendance, qu’on ne peut lui donner des injonctions. Si je lui dis de poursuivre Déthié, il n’a pas le droit de ne pas appeler le procureur général », avait notamment lancé Ousmane Sonko, reprochant un manque de réactivité face à des violences signalées durant la campagne.
Un profil de technicien au sommet des lois
Magistrat de carrière, Ousmane Diagne compte plus de trente années d’expérience dans la magistrature sénégalaise. Au cours de son riche parcours, il a notamment occupé les fonctions de procureur général près la Cour d’appel de Dakar, de premier avocat général près la Cour suprême, après avoir été procureur et doyen des juges d’instruction. Nommé ministre de la Justice en avril 2024, il s’était illustré avant son départ par la saisine du parquet en vue de la réouverture du dossier relatif aux décès enregistrés lors des violences politiques survenues entre 2021 et 2024.
Après son remplacement au ministère de la Justice, sa réintégration à la Cour suprême avait pourtant connu de longs retards. L’acte ayant permis son affectation au parquet général de la haute juridiction étant devenu caduc, sa situation dépendait d’une réunion du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), qui ne s’était plus réuni depuis le 26 juin 2025. Avec cette nomination au Conseil constitutionnel, le magistrat signe un retour retentissant au cœur de l’architecture institutionnelle du pays.
