Une vive polémique diplomatique et politique secoue l’axe Tunis-Alger. Un collectif de figures de proue de la scène politique, académique et administrative tunisienne – comprenant des ministres et conseillers présidentiels sortants, un ancien gouverneur de la Banque centrale, des ex-parlementaires ainsi que des acteurs de la société civile – a vigoureusement dénoncé les récentes déclarations du président algérien, Abdelmadjid Tebboune sur leur pays.
Dans un manifeste solennel intitulé « La Tunisie est un État libre, indépendant et souverain », les signataires rejettent catégoriquement toute velléité de « tutelle » ou de « protection extérieure » visant la Tunisie.
L’affaire a été déclenchée par une sortie médiatique du chef de l’État algérien le 27 juillet dernier. Évoquant la situation sécuritaire régionale, Abdelmadjid Tebboune a affirmé que « certains cherchent à déstabiliser la Tunisie pour atteindre l’Algérie », assurant qu’Alger ne le permettrait pas. L’utilisation d’une expression du dialecte algérien, interprétée à Tunis comme une immixtion directe en faveur du pouvoir de Kaïs Saïed face aux contestations populaires, a mis le feu aux poudres au sein de l’intelligentsia et de la classe politique tunisiennes.
Entre solidarité bilatérale et respect de la souveraineté
Pour les signataires de ce manifeste national, l’indépendance de la décision politique et la préservation de la souveraineté tunisienne sont des principes non négociables. Tout en saluant la profondeur des relations historiques et la coopération sécuritaire face au terrorisme, le collectif martèle que la défense de l’intégrité territoriale relève de la responsabilité exclusive des institutions constitutionnelles et de l’armée tunisiennes.
« La véritable amitié ne se conçoit qu’entre deux États indépendants et égaux, et non dans une logique de protecteur à protégé », souligne le document, appelant à un partenariat fondé sur la stricte réciprocité et la non-ingérence.
Une charge directe contre la gouvernance de Carthage
Le document ne se limite pas à recadrer la diplomatie algérienne, il dresse également un réquisitoire sévère contre le régime actuel à Tunis. Les signataires imputent la récurrence de ces pressions extérieures à « la faillite de la gestion de l’État, au démantèlement des institutions démocratiques et à l’isolement diplomatique de la Tunisie ». Selon eux, cet affaiblissement de l’immunité interne de l’État expose le pays à des ingérences qui érodent sa souveraineté.
La pétition réunit des signatures de premier plan, à l’instar des anciens ministres Kamel Jendoubi, Mohamed Hamdi, Ali Kooli et Abdelatif Mekki, des ex-conseillers à la présidence Kamel Akrout et Mohsen Marzouk, ainsi que de l’ancien gouverneur de la Banque centrale, Mustapha Kamel Nabli.
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