Ndoffane, dans le département de Kaolack, a accueilli ce week-end une session de sensibilisation sur les retombées de l’exploitation pétrolière et gazière du Sénégal. Organisée dans le cadre de la campagne nationale « Pétrole et Gaz pour tous », la rencontre visait à répondre aux inquiétudes des communautés locales et à présenter les mécanismes prévus par la loi sur le Contenu local.
« Le pétrole est en mer, mais les opportunités sont à terre »
Face aux notables, jeunes et femmes de Ndoffane, les experts du ministère de l’Énergie, du Pétrole et des Mines ont rappelé une réalité : le Sénégal est entré officiellement dans le cercle des pays producteurs le 11 juin 2024, avec le premier baril du gisement de Sangomar. Le projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), à cheval avec la Mauritanie, doit livrer ses premiers mètres cubes de GNL à partir de 2023, avec une capacité portée à plus de 10 millions de tonnes par an dès 2026.
« Même si les puits sont à 100 km au large, les retombées doivent arriver jusqu’à Ndoffane », a insisté le facilitateur. Le message : l’exploitation du pétrole et du gaz peut devenir « un levier, un catalyseur du développement de tous les secteurs économiques », à condition que les régions périphériques s’organisent.
Quelles opportunités concrètes pour Ndoffane ?
Trois axes ont été détaillés :
– L’emploi et la formation : La chaîne de valeur pétrole-gaz va de l’exploration au raffinage, en passant par la logistique, la maintenance, la restauration, le transport. Avec le terminal gazier du Port de Dakar et le projet « Gas to Power », des milliers d’emplois directs et indirects sont attendus. L’État a créé l’Institut National du Pétrole et du Gaz (INPG) et encourage les centres de formation professionnelle à adapter leurs cursus. Les jeunes de Ndoffane ont été invités à se positionner sur les métiers techniques : soudeurs, électriciens, logisticiens, agents HSE.
– Les PME/PMI locales : La loi sur le Contenu local impose aux compagnies pétrolières de recourir en priorité aux entreprises sénégalaises pour la sous-traitance. « Une PME de Ndoffane peut fournir des tenues de travail, assurer la restauration sur les bases, transporter du matériel ou intégrer les activités connexes comme la pétrochimie », a expliqué le représentant de l’ITIE Sénégal. L’enjeu est d’éviter le « syndrome hollandais » vécu par certains pays africains, où la rente pétrolière a tué les autres secteurs.
– Les recettes pour le développement : Selon le FMI, pétrole et gaz devraient rapporter au Sénégal 6 à 7 % de PIB sur 20 ans. Sangomar vise 100 000 barils/jour. Au cours actuel de 80 $/baril, c’est une manne pour le budget. L’État a déjà créé un Fonds Souverain Intergénérationnel alimenté par 10 % des revenus pétro-gaziers. Ces ressources doivent financer l’éducation, la santé, l’accès universel à l’électricité et la baisse du coût de l’énergie. « Le gaz domestique permettra de produire une électricité moins chère, ce qui profitera à tous les Sénégalais, y compris à Ndoffane », a souligné le CHEDS.
Les inquiétudes des populations : environnement et inclusion
Les échanges ont aussi porté sur les risques. À Ndoffane, zone agricole, les habitants redoutent l’impact sur la pêche, l’agriculture et l’environnement. Les experts ont rappelé les leçons du Delta du Niger : déversements, torchage, appauvrissement des communautés.
Pour l’éviter, le Sénégal mise sur trois garde-fous : l’adhésion à l’ITIE pour la transparence, un code pétrolier révisé en 2019 qui renforce la part de Petrosen, et la stratégie « Gas to Power » pour que le gaz profite d’abord au marché local avant l’exportation. « L’objectif est l’autosuffisance énergétique et la réduction de la dépendance au fuel lourd importé, très coûteux et polluant », a précisé le CHEDS.
La session s’est achevée par un engagement : mettre en place un comité local de veille sur le Contenu local et organiser des modules de formation avec l’INPG et la Chambre de Commerce de Kaolack.
Comme l’a résumé Mary Teuw Niane à Tambacounda : « Les régions périphériques comme Matam, Tambacounda, Kédougou, Kolda, Sédhiou et Ziguinchor bénéficieront des retombées, si elles sont dynamiques et créatives ». Ndoffane veut être de celles-là.
