L’affaire des « notes gonflées » qui secoue la Faculté des Lettres et Sciences Humaines (FLSH) de l’UCAD connaît un nouveau développement, mais pas celui qu’attendent les étudiants. Contrairement à certaines rumeurs, *Doudou Faye n’a pas été condamné à 2 ans ferme* : l’ancien contractuel accusé d’avoir orchestré la fraude est toujours en fuite et visé par un mandat d’arrêt international depuis novembre 2024.
Le système mis à nu par la DSC
Tout part d’une plainte du doyen, Pr Alioune Badara Kandji, déposée fin 2024. L’enquête de la Division spéciale de cybersécurité (DSC) révèle un réseau bien rodé : Doudou Faye, contractuel chargé de la saisie et de l’introduction des notes des Licences 1, 2 et 3, proposait d’« augmenter » les moyennes en échange d’argent ou de faveurs sexuelles pour les filles.
Pour recruter ses « clients », il s’appuyait sur Victor Mathieu Moundor Diouf, étudiant en Master II Lettres modernes. Ce dernier touchait 50 000 F CFA de commission par dossier traité. Au moins 18 étudiants des niveaux L1, L2 et L3 auraient bénéficié de la fraude.
L’intermédiaire condamné, le cerveau en cavale
Interpellé à l’aéroport Blaise Diagne à son retour d’Allemagne, Victor Mathieu Moundor Diouf a été déféré au parquet le 4 mars 2025. Il a reconnu les faits et son rôle d’intermédiaire entre 4 étudiants et Doudou Faye. Il est actuellement en détention.
Doudou Faye, lui, a disparu depuis novembre 2024. Un mandat d’arrêt international a été émis. Il risque des poursuites pour faux et usage de faux, corruption, et atteinte aux mœurs si les accusations de faveurs sexuelles sont confirmées.
D’où vient la confusion sur les « 2 ans ferme » ?
Plusieurs homonymes entretiennent la confusion :
Daouda Faye, 29 ans, agent de sécurité à Dougar, a bien été condamné à 2 ans d’emprisonnement ferme le 10 avril 2025 par le tribunal des flagrants délits de Dakar… mais pour vol et détournement d’une mineure de 14 ans. Aucun lien avec l’UCAD.
Tibou Faye, 26 ans, a écopé de 2 ans dont 1 an ferme* le 5 mai 2025 pour escroquerie autour des « African Star Awards ». À ce jour, aucune condamnation n’a été prononcée contre Doudou Faye de la FLSH. L’information judiciaire suit son cours.
Les sanctions académiques déjà tombées
En attendant le volet pénal, l’UCAD a réagi. Le doyen a transmis à la justice la liste complète des étudiants impliqués. Au département de Lettres Modernes, les inscriptions d’une dizaine d’étudiantes suspectées d’avoir bénéficié de la fraude ont été gelées. Elles risquent l’exclusion définitive, sans préjudice des poursuites pour complicité de faux.
Comment la fraude était possible
Doudou Faye avait un poste stratégique : il gérait la base de données des notes et s’occupait de la remise des notes des professeurs pour la délibération de l’assemblée du département. « Profitant de cette position, il proposait à des étudiants et étudiantes d’augmenter leurs notes en échange de sommes d’argent ou de faveurs sexuelles », précise _Libération_.
C’est un étudiant, en désaccord sur le montant à payer, qui a « vendu la mèche » auprès du chef du département. L’enquête se poursuit pour démanteler tout le réseau. La DSC cherche à savoir si d’autres agents ou enseignants étaient impliqués. Pour l’UCAD, l’affaire est « d’une gravité extrême » et pourrait « marquer un tournant dans la lutte contre la corruption universitaire ».
