Le Maroc et le Nigeria intensifient leurs démarches auprès des institutions américaines pour sécuriser le financement du gazoduc atlantique africain, pensé comme un corridor énergétique stratégique reliant l’Afrique de l’Ouest à l’Europe.
Rabat et Abuja multiplient les initiatives pour sécuriser le financement du mégaprojet de gazoduc reliant l’Afrique de l’Ouest au Maroc, dans un contexte où les incertitudes européennes poussent les porteurs du projet à diversifier leurs partenaires financiers. Le magazine économique africain African Business indique à cet égard que des responsables de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) se sont rendus début mai à Washington afin de sonder plusieurs institutions américaines susceptibles de soutenir cette infrastructure stratégique.
Porté conjointement par l’ONHYM et la compagnie nigériane NNPC, le Nigeria-Morocco Atlantic Gas Pipeline figure parmi les projets énergétiques les plus ambitieux du continent. Le tracé doit traverser treize pays de la façade atlantique ouest-africaine, avec des segments offshore et terrestres, avant de rejoindre le réseau gazier marocain connecté à l’Espagne et au marché européen.
Long d’environ 6.900 kilomètres, le gazoduc est conçu autour d’une double vocation. Au-delà des exportations vers l’Europe, près de la moitié de sa capacité ( estimée à 30 milliards de mètres cubes par an ) devrait être destinée aux marchés domestiques africains afin de soutenir l’accès à l’électricité et l’industrialisation régionale.
Selon African Business, le coût global du projet est évalué à au moins 25 milliards de dollars, avec un calendrier de réalisation qui pourrait s’étendre sur plus de vingt ans. La première phase, reliant les gisements offshore du Sénégal et de la Mauritanie au gazoduc Maghreb-Europe via le Maroc, viserait une mise en service à l’horizon 2031. L’ensemble du corridor gazier pourrait, lui, devenir pleinement opérationnel autour de 2046.
Le projet bénéficie d’un intérêt croissant dans un contexte de recomposition énergétique internationale marqué par la volonté européenne de réduire sa dépendance au gaz russe. Toutefois, plusieurs obstacles continuent de peser sur sa concrétisation, notamment en matière de financement et de visibilité sur la demande future en Europe.
African Business souligne ainsi que si plusieurs responsables européens ont manifesté un intérêt pour cette infrastructure, ni la Commission européenne ni les principaux Etats membres n’ont, à ce stade, pris d’engagement financier. Le média rappelle également que la consommation gazière européenne devrait poursuivre son recul d’ici 2030, sous l’effet de l’accélération des politiques de transition énergétique.
Autre défi identifié : les futures réglementations européennes sur les émissions de méthane, qui pourraient compliquer l’accès du gaz nigérian au marché européen si des efforts importants de réduction des émissions ne sont pas engagés dans les années à venir.
Face à ces incertitudes, les promoteurs du projet accélèrent leur stratégie de diversification des bailleurs. Les études d’ingénierie et de faisabilité ont déjà bénéficié du soutien de la Banque islamique de développement et du Fonds de l’OPEP pour le développement international, tandis que les Emirats arabes unis ont publiquement affiché leur intérêt pour le projet.
L’ONHYM intensifie désormais ses échanges avec plusieurs institutions américaines, dont la US Development Finance Corporation. Cette offensive intervient alors que Washington adopte, sous l’administration Trump II, une approche plus proactive dans le soutien aux projets pétroliers et gaziers africains. African Business rappelle notamment que l’US Export-Import Bank a récemment validé un financement massif pour le projet Mozambique LNG de TotalEnergies.
