Longtemps cantonnée à l’impression des documents administratifs, l’Imprimerie nationale du Sénégal est appelée à se réinventer. En Conseil des ministres, le Premier ministre Ousmane Sonko a présenté un plan de modernisation articulé autour de cinq axes. Objectif : transformer l’établissement public en outil industriel souverain, rentable et au service de la transformation digitale de l’État.
Digitalisation et sécurisation des documents d’État
Premier axe : basculer de l’impression classique vers la production de documents sécurisés et numériques. L’Imprimerie nationale devra être l’opérateur principal des cartes biométriques, passeports, permis de conduire, titres fonciers et diplômes. Cela implique l’acquisition de lignes de production certifiées ICAO/ISO, de logiciels de personnalisation et d’un data center souverain. L’enjeu est de réduire la dépendance aux prestataires étrangers et de lutter contre la fraude documentaire.
Centralisation de la commande publique imprimée
Pour mettre fin à l’éparpillement des marchés, Sonko prévoit de rattacher l’Imprimerie nationale à la future Agence nationale de centralisation de la commande publique, annoncée en janvier 2025. Tous les ministères, agences et collectivités devront y passer pour leurs besoins d’impression : bulletins, registres, manuels scolaires, supports électoraux. Gain attendu : économies d’échelle, transparence des coûts et suppression des surfacturations dénoncées par le PM comme « véritables saignées des finances publiques ».
Refonte industrielle et montée en gamme
Troisième axe : investir dans l’outil de production. L’État veut doter l’Imprimerie de rotatives offset modernes, de chaînes de finition automatisées et d’un pôle « packaging sécurisé » pour les médicaments et produits agricoles. Le modèle : passer du statut d’atelier administratif à celui d’industrie d’État compétitive, capable de sous-traiter pour le secteur privé et d’exporter dans la sous-région. Le plan s’inscrit dans la doctrine Sonko de « substitution aux importations » et de « promotion des exportations de produits manufacturés ».
Gouvernance, performance et reddition des comptes
Comme pour les autres entités du parapublic, l’Imprimerie nationale sera soumise au « rebasing salarial » et à un audit du personnel d’ici avril 2025. Sonko a promis d’en finir avec les recrutements politiques et les doublons. Un contrat de performance sera signé avec la tutelle : indicateurs de délai, de qualité et de chiffre d’affaires. Les directeurs seront évalués, et « tout détournement sera poursuivi », a rappelé le PM lors de son meeting de « Tera ».
Valorisation du capital humain et formation
Dernier axe : faire de l’Imprimerie une école d’application des métiers graphiques. Un centre de formation intégré formera aux arts graphiques, à la cybersécurité documentaire et à la maintenance industrielle. L’idée est de créer des emplois qualifiés pour les jeunes et d’ancrer la « transformation digitale » prônée par le gouvernement. Cela rejoint l’axe prioritaire de Sonko sur « la valorisation du capital humain, les valeurs civiques et les compétences requises pour atteindre les objectifs de performance du service public ».
La feuille de route doit être déclinée par le Secrétariat général du Gouvernement avec « un dispositif de conduite du changement » pour anticiper les résistances. Les syndicats de l’Imprimerie attendent désormais le calendrier des investissements et les garanties sur l’emploi.
