Une note du département d’État américain recommande de suspendre une aide aux Zambiens séropositifs si les autorités n’accordent pas aux États-Unis un accès privilégié à leurs terres rares.
Si, pour paraphraser le général Charles de Gaulle, les États ont moins d’amis que d’intérêts, les États-Unis de Donald Trump ont moins de morale que d’appétits économiques. Révélée par l’ONG Health GAP, une note du Bureau Afrique de l’administration américaine suggère au secrétaire d’État, Marco Rubio, d’affirmer la volonté de Washington de « retirer publiquement le soutien à la Zambie à très grande échelle », dans le cas où la position de Lusaka ne coïnciderait pas avec les « priorités » américaines. Le mémorandum évoque en particulier la suspension possible d’une aide à 1,3 million de personnes dépendantes d’un traitement quotidien contre le VIH dans le pays.
Donald Trump, qui évoquait en 2017 la « Nambie« , a finalement appris à mieux connaître la Zambie, qui constitue une réserve importante de cuivre, cet »or rouge » stratégique. Huitième producteur au monde, la Zambie est le deuxième en Afrique, derrière la RDC, qui attise également la convoitise de Trump. Lusaka dispose également de réserves non négligeables d’autres matières premières stratégiques comme le manganèse, le cobalt ou le nickel.
Brutalité et précipitation
La démarche américaine, explicitement liée à l’aide vitale destinée aux personnes séropositives, relève d’autant plus d’une forme de chantage qu’elle ajoute à la pression diplomatique celle du calendrier. La note proposée à Rubio prévoit en effet que l’accord sanitaire soit « immédiatement suspendu si les participants ne parviennent pas à s’entendre avant le 1er avril 2026″.
Depuis le retour à la Maison-Blanche de l’actuel président nombre de pays africains se voient imposer des choix cornéliens, du Kenya au Rwanda en passant par l’Eswatini. Chaque fois, l’administration américaine met dans la balance diplomatique des programmes jadis financés par l’Usaid qui font l’objet de coupes massives, ou joue du levier des droits de douane à géométrie variable. Et des observateurs de dénoncer de surcroît, en matière de terres rares, des accords bilatéraux non seulement asymétriques mais aux clauses souvent secrètes.
Couper l’herbe sous le pied chinois
Si Washington appuie en permanence sur l’accélérateur, c’est pour court-circuiter les négociations, mais aussi pour anticiper la progression de la Chine sur ce terrain des minerais stratégiques d’Afrique centrale et d’Afrique australe. Pékin et Washington se livrent une guerre acharnée pour le contrôle des ressources du continent.
Pour l’heure, la Zambie n’a pas fermé la porte à un nouveau partenariat avec les États-Unis, exprimant juste quelques réticences, notamment sur les exigences américaines en matière de gouvernance et sur la question subsidiaire déjà soulevée au Kenya, celle du partage des données de santé.
