Au lendemain de la sortie controversée du président de la Fédération sénégalaise de football (FSF), Abdoulaye Fall, sur la participation du Sénégal au Mondial 2026, le ministère de la Jeunesse et des Sports a sorti un communiqué pour siffler la fin de la récréation. «Afin de préserver la sérénité nationale et de garantir le respect de nos institutions, [la tutelle] ordonne à [l’instance fédérale] de cesser immédiatement toutes les interventions, déclarations et sorties médiatiques relatives à cet événement», rapportent les services de Djirèye Clotilde Coly, la cheffe du département.
S’il se déclare en phase avec cette dernière sur la nécessité «de promouvoir un climat de sérénité, de préserver l’ordre public sportif et d’encourager un débat respectueux des institutions et des personnes», l’ancien Directeur de la Haute compétition (DHC) Souleymane Boun Daouda Diop, émet des réserves de forme dans les colonnes du journal Le Quotidien.
L’expert en gouvernance sportive, jeunesse et développement territorial explique : «Une formule impérative telle que ‘ordonne’ apparaît juridiquement discutable, si elle n’est pas expressément fondée sur un texte légal ou règlementaire conférant un tel pouvoir dans les circonstances considérées. Une rédaction privilégiant des expressions telles que ‘demande’, ‘invite’, ‘recommande’ ou ‘appelle à la retenue’, aurait été davantage conforme à l’équilibre entre la mission de tutelle de l’État et l’autonomie reconnue aux fédérations sportives.»
En outre, souligne l’ancien DHC, l’injonction ministérielle «soulève également une interrogation au regard de la liberté d’expression» : «En droit, toute restriction à une liberté fondamentale doit satisfaire à trois exigences : être prévue par un texte, poursuivre un objectif d’intérêt général et demeurer nécessaire et proportionnée. Le communiqué ne mentionne aucun fondement juridique précis justifiant une interdiction générale des prises de parole publiques. L’objectif recherché relatif à l’apaisement du débat peut être légitime. Encore faut-il que les moyens employés respectent le principe de proportionnalité.»
