Quand Patrice Talon arrive au pouvoir en mars 2016, il promet un mandat unique. Une déclaration qui fait sourire à l’époque, dans une région marquée par des présidents qui ont tendance à vouloir s’éterniser au pouvoir.
Dix ans plus tard, Patrice Talon s’apprête pourtant à quitter le pouvoir, respectant la limite constitutionnelle de deux mandats. Pour certains observateurs, cela fait de lui une des exceptions en Afrique de l’Ouest.
Sur le plan économique, le Bénin a connu des transformations visibles : modernisation des infrastructures, croissance soutenue, amélioration du climat des affaires. Le pays s’est repositionné comme un hub régional dynamique.
Mais du point de vue de la démocratie, le bilan semble mitigé.
Au fil des années, les critiques se sont multipliées concernant le recul des libertés publiques. La liberté de la presse, autrefois considérée comme un acquis au Bénin, s’est progressivement réduite. Des journalistes ont été inquiétés, poursuivis, voire condamnés.
« La liberté de presse par conséquent en a ressenti un coup »
Olivier Allocheme, journaliste-éditorialiste du journal « L’évènement Précis » à Cotonou, affirme qu’en dix ans, la liberté de la presse en a ressentie un coup.
« Je dirais que c’est une liberté de presse largement contrôlée aujourd’hui par un appareil juridictionnel très en place, suite notamment au vote en 2018 de la loi sur le code du numérique. La liberté de presse par conséquent en a ressenti un coup entre 2016 où le Bénin était 78e au classement de RSF et 2025 où le Bénin est ressorti 92e dans ce même classement », a déploré Allocheme.
Sur le plan politique, l’opposition s’est elle aussi retrouvée affaiblie. Les réformes du système électoral, notamment la question du parrainage, ont exclu de facto plusieurs partis majeurs des scrutins. Résultat : une scène politique largement dominée par le camp présidentiel.
Pour Amzath Abdoulaye, consultant politique et géopolitique, les reformes politiques ont affaibli le pluralisme démocratique.
« Toutes ces reformes (de Patrice Talon ndrl) ont assaini certes l’échiquier politique au Bénin mais malheureusement ça réduit la possibilité aux acteurs politiques, aux partis politiques de s’étendre, de pouvoir se faire écouter et surtout de pouvoir se faire représenter au sein de l’assemblée nationale ou encore au sein des conseils communaux », analyse Abdoulaye.
Un Bénin plus verrouillé ?
Ainsi, derrière l’image d’un président respectueux des règles constitutionnelles, se dessine un autre visage : celui d’un pouvoir autoritaire, accusé d’avoir restreint le pluralisme et verrouillé le jeu démocratique.
Face à une opposition affaiblie et divisée, le successeur désigné s’est imposé comme le grand favori à la veille du scrutin, laissant peu de place au suspense.
