Le risque de régionalisation de la guerre menée par le Rwanda à travers le M23 dans l’Est de la République démocratique du Congo a été au centre de l’intervention, mercredi, au Parlement européen à Strasbourg, de l’ambassadeur de la RDC au Benelux et auprès de l’Union européenne.
« Ce conflit risque de se régionaliser, car des tirs ont déjà touché le Burundi. Uvira n’est distante que de trente kilomètres de Bujumbura », a précisé le Professeur Christian Ndongala, expliquant que « le Burundi n’a pas attaqué le Rwanda. Il a déployé ses troupes dans l’Est de la RDC dans le cadre d’un accord de coopération bilatérale en matière de défense ».
Selon le diplomate congolais, cet accord a pour ambition, entre autres, « de lutter contre la prolifération des armes et des groupes criminels, entendez une meilleure gestion des enjeux sécuritaires dans la région ».
Il a averti que « s’il y a régionalisation, ça sera le fait de la stratégie du Rwanda, qui a tendance à justifier sa politique belliciste comme une réponse aux attaques venant de l’extérieur » et qui a toujours utilisé ces manœuvres « pour manipuler les sentiments et s’attirer la sympathie de la communauté internationale ».
Le Professeur Ndongala a estimé que « la transparence et la vigilance de la communauté internationale s’imposent pour ne pas tomber dans le piège de l’exagération excessive du Rwanda et être surpris demain par une guerre ouverte entre ces deux pays », avant d’appeler à maintenir « notre vigilance à tous contre cette stratégie de victimisation, laquelle a longtemps maintenu la communauté internationale dans l’inaction et l’immobilisme ».
Le recours à des contrevérités et à une désinformation systématique pour attribuer à la RDC la responsabilité des attaques commises par la coalition RDF-M23 est une stratégie utilisée par le Rwanda pour justifier de manière délibérée ses violences sur des populations civiles au mépris du droit international, a relevé le diplomate, qui a appelé les eurodéputés à des sanctions comme « un levier important dans la résolution de ce conflit » et à l’application de la résolution 2773, « la boussole de l’engagement onusien, dans toute sa portée, sans ambiguïté ni exception ».
Soutenir la mise en œuvre intégrale de la résolution 2773
À cet effet, l’ambassadeur de la RDC a mis le Parlement européen face à ses responsabilités pour sa crédibilité et celle de la communauté internationale, en adoptant une série de dispositions visant, notamment, à soutenir la mise en œuvre intégrale de la résolution 2773, à œuvrer pour imposer des sanctions ciblées contre les responsables militaires et politiques de l’agression, à instaurer un embargo total au niveau européen sur les minerais exportés comme rwandais, à œuvrer pour la révocation du statut rwandais de contributeur de troupes aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies et, enfin, à soutenir la mise en place d’un régime de notification systématique pour tout transfert d’armes vers le Rwanda.
L’orateur s’est néanmoins félicité que le Parlement européen se soit mis du côté du droit et de la justice, en identifiant clairement le Rwanda comme pays agresseur et en votant pour la mise en place des sanctions européennes contre ce pays.
« La pression doit être maintenue jusqu’au respect total des dispositions prises sur base de la résolution 2773 et des accords de Washington. Il vous appartient maintenant de faire respecter les règles de droit et de justice pour la paix mondiale, pour la paix en Afrique, pour la paix dans l’Est de la République démocratique du Congo et ainsi se prémunir du risque tant redouté d’une régionalisation du conflit dans toute la région des Grands Lacs », a insisté le diplomate congolais.
Déception des eurodéputés après les nouvelles violences
Pour sa part, la députée européenne Hilde Vautmans, qui présidait la séance d’information, s’est dit « attristée » de convoquer cette nouvelle séance, à laquelle a participé l’ambassadeur du Burundi auprès de l’UE, « après des massacres de masse et des viols dans l’Est de la RDC, alors que nous, eurodéputés, avons salué la rencontre des Présidents congolais et rwandais à Washington et l’assurance des protagonistes de respecter leur engagement contenu dans l’accord signé le 4 décembre ».
Mme Vautmans a préconisé que l’UE engage un dialogue de toute urgence avec les pays des Grands Lacs, avant d’appeler les Nations Unie, l’UE et les États-Unis à adopter des sanctions fortes en vue de mettre fin à l’escalade, notamment la suspension de l’aide internationale à Kigali. « C’est le seul langage que comprennent les dictateurs », a-t-elle souligné.
Dégradation de la situation humanitaire dans l’est de la RDC
De son côté, le ministre de l’Intérieur de la RDC, M. Jacquemain Shabani, qui est intervenu en visioconférence, a rappelé la dégradation de la situation humanitaire dans l’Est de son pays, faisant état, après la prise d’Uvira, de 21.900 victimes documentées dont 5.917 victimes de massacres, 299 assassinats et exécutions, de 5.062 viols contre des femmes et des jeunes filles, sans compter les nombreux déplacements forcés et transplantations des populations au Nord et au Sud-Kivu, de 200.000 personnes réfugiées au Burundi et dans la province du Tanganyika, ainsi que la mise en place d’une administration parallèle et la nomination de chefs coutumiers qui, selon lui, vont rendre difficile la stabilisation et l’instauration de l’autorité de l’État.
Concernant le retrait du M23 d’Uvira, il a estimé qu’il s’agit d’un leurre, avant de signaler des actes de pillage systématique dont celui des agences, d’engins roulants et de divers matériels acheminés en direction du Rwanda.
« Ces actes compromettent les efforts de développement engagés par le gouvernement congolais », a-t-il relevé, avant d’appeler le Parlement européen et l’Union européenne à des sanctions contre l’État rwandais et les personnes responsables de cette ignominie. ACP/C.L.
