Les jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), liés à al-Qaïda, ont revendiqué une embuscade dans la matinée du lundi 28 septembre 2026 près de Niono, dans la région de Ségou, contre un convoi de l’Africa Corps. L’attaque s’est produite entre Tiemaba et Wewo, au nord de Niono. C’est une zone où la Katiba Macina du Jnim est particulièrement bien implantée, depuis de longues années. Deux ans après avoir remplacé Wagner, l’Africa Corps, corps expéditionnel du ministère russe de la Défense, paie un lourd tribut au Mali. Entre pertes humaines, revers militaires et impasse politique, la mission censée « stabiliser » le centre du pays s’enlise. Les chiffres et les faits sur le terrain indiquent un enlisement dont Moscou a du mal à sortir. La tension monte et les pertes s’accumulent et ne sont plus niées. L’Africa Corps a pris la relève de Wagner en juin 2024, après la mort d’Evgueni Prigojine.
L’objectif affiché : sécuriser les grandes villes, former l’armée malienne et éradiquer les groupes jihadistes.Le bilan humain contredit cet objectif. Selon le projet de collecte de données Acled (Armed Conflict Location & Event Data Project), au moins plus de 200 combattants russes auraient été tués au Mali entre juillet 2024 et août 2026. Le pic a été atteint en juillet 2024 lors de l’embuscade de Tinzawatène, à la frontière algérienne. Reuters et BBC News Afrique ont alors fait état de entre 20 et 50 mercenaires russes tués en 48h, avec des images de corps et de véhicules détruits diffusées par le Csp-Psd (Cadre stratégique permanent pour la paix, la sécurité et le développement).Depuis, les attaques se sont multipliées. Le 17 mai 2025, une attaque coordonnée contre une position conjointe, Forces armées maliennes-Africa Corps à Boulkessi a fait *au moins 12 morts côté malien et russe selon un communiqué de l’armée malienne.
En janvier 2026, Le Monde rapportait que des convois de ravitaillement entre Gao et Ansongo étaient désormais escortés par des drones, faute de pouvoir sécuriser les axes routiers au sol. L’Africa Corps, officiellement présenté comme « instructeurs », est donc directement engagé au combat. Et il semble perdre de plus en plus. Le Mali évolue-t-il vers un territoire qui échappe de plus en plus au contrôle ? Sur le plan militaire, la situation semble s’aggraver. Les données de l’Organisation des Nations Unies sont sans appel. Dans son rapport du Conseil de sécurité du 15 juin 2026, la Minusma (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali) — avant son retrait — et la mission de l’Onu pour les droits de l’homme notaient une hausse de 38% des incidents violents dans le centre et le nord du Mali entre 2024 et 2025.Le Jnim contrôle ou harcèle désormais des axes entiers. En mars 2026, le groupe a mené une attaque d’envergure sur le camp militaire de Bamba, à 80 km de Gao, tuant *plus de 30 soldats maliens* selon l’armée.
L’État Islamique au Grand Sahara, lui, étend son influence dans la région de Ménaka et le Liptako.En conséquence, malgré la présence de 1000 à 1500 combattants de l’Africa Corps estimés par l’Institute for the Study of War en avril 2026, les Fama n’arrivent pas à tenir le terrain. Les grandes villes comme Bamako, Mopti et Sikasso sont tenues. Mais entre elles, l’État est absent. L’Africa Corps a reproduit l’erreur de Wagner qui a consisté à se concentrer sur la protection du régime à Bamako au lieu d’une stratégie de reconquête durable. L’isolement diplomatique et le coût politique sont certainement des facteurs déterminants dans la lutte antiterroriste. Le bourbier n’est donc pas que militaire. Il est aussi diplomatique et financier. Parce que la rupture avec la France en 2022, puis le retrait de la Minusma en décembre 2023 ont laissé le Mali sans filet. L’Africa Corps devait combler le vide.
Mais selon l’Iss, (Institut d’Études de Sécurité), publié en février 2026, *les exportations d’or malien ont chuté de 15% en 2025* à cause de l’insécurité sur les sites miniers du sud-ouest, visés par le Jnim.Côté budget, la junte consacre désormais plus de 28% de son budget national à la défense en 2026, contre 18% en 2022 selon le ministère malien des Finances. Un effort de guerre insoutenable pour un pays dont 41,5% de la population vit sous le seuil de pauvreté, d’après la Banque mondiale.
Sur le plan régional, l’Alliance des États du Sahel (Aes) peine à produire des résultats concrets. L’opération conjointe « Fagadhugu » lancée en mars 2025 avec le Burkina et le Niger n’a pas empêché la multiplication des attaques transfrontalières. Et la relation avec l’Algérie, voisin crucial, s’est dégradée après Tinzawatène, obligeant l’Africa Corps à sécuriser une frontière de 1300 km sans partenaire. Sommes-nous devant ce qui pourrait ressembler à des signes d’un enlisement à la russe ? Trois indicateurs penchent en faveur de cette position. La communication est très contrôlée. Moscou ne communique plus sur les pertes.
Les cercueils ne reviennent plus à Bamako avec les honneurs comme en 2023. Les réseaux Telegram pro-russes parlent désormais de « mission longue durée ».Le recrutement local est de plus en plus significatif dans l’action des Russes. Parce que faute d’effectifs, l’Africa Corps s’appuie de plus en plus sur des supplétifs maliens mal formés. Human Rights Watch dans son rapport de mars 2026 a documenté des exactions commises par ces unités, qui alimentent le recrutement jihadiste.En termes de stratégie l’on semble passé d’opérations offensives à de la défense statique.
L’Africa Corps garde l’aéroport de Bamako, la base de Gao et le Palais de Koulouba. Le reste est laissé aux FAMa. Un officier malien sous couvert d’anonymat confiait à Rfi en juillet 2026 : « Ils sont venus pour faire la guerre comme en Ukraine. Ici c’est une guerre de dunes et de motos. Ils ne comprennent pas ».Est-on en face d’une situation sans issue claire pour les Russes ? Bien malin qui pourra le dire. Puisque deux ans après Wagner, l’Africa Corps a hérité du même problème : un conflit asymétrique, sans front, dans un pays grand comme deux fois la France, avec une armée malienne qui manque encore de cadres.
Les pertes russes, la hausse de 38% des violences, les 28% du budget pour la défense et la perte de contrôle des axes montrent que le Mali est devenu pour Moscou un bourbier coûteux en hommes et en image.Le Kremlin ne peut pas se retirer sans perdre la face en Afrique. Mais il ne peut pas gagner sans engager beaucoup plus de moyens. Entre les deux, l’Africa Corps semble s’enfoncer.
