Le «Projet»… Ah, ce mot ! À force d’être écrit avec un grand « P », certains pensaient qu’il avait déjà sa place au patrimoine mondial, entre la Teranga et le balafon politique. Ce n’était plus un slogan, mais une religion civique. Son credo ? « Diomaye mooy Sonko ». Traduction libre : deux noms, un seul destin et zéro possibilité de divorce.
Et pourtant… Vingt-cinq (25) mois plus tard, le grand logiciel anti-système semble avoir attrapé le virus qu’il promettait d’éradiquer. Le système n’a pas été dégagé ; il a changé de costume et s’est invité à nouveau dans la salle.
D’un côté, le Palais ouvre ses portes aux anciens dignitaires. Premiers ministres, ex-ministres de l’Intérieur et vétérans de la République défilent comme dans une réunion des anciens combattants politiques. On appelle cela « dialogue national ». Les mauvaises langues parlent plutôt d’un casting pour la saison 2 du retour des dinosaures.
De l’autre, l’Assemblée nationale devient une scène de théâtre où majorité confortable rime avec inconfort politique. Sonko hausse le ton, fait parler les députés… avant que le décret ne parle plus fort que tout le monde.
Ainsi s’achève peut-être la plus grande romance politique récente : celle d’un «Projet» qui promettait la rupture et découvre soudain les vertus du recyclage politique.
Mais au fond, le Projet est-il vraiment mort ? En politique sénégalaise, rien ne disparaît jamais totalement. Les idées changent, les alliances tournent et les ennemis d’hier deviennent souvent les invités d’honneur de demain.
C’est peut-être cela, finalement, le vrai système : cette extraordinaire capacité à survivre à ceux qui jurent de l’abattre.
