Avant l’arrivée de Léon XIV à Malabo, le 21 avril, les autorités de Guinée équatoriale ont pratiqué, en février, des retenues sur le salaire des agents publics et choisi les vêtements que devront porter les étudiants.
On pourrait juger anachroniques les accueils africains de souverains pontifes, à grand renfort de mobilisations artificielles de foules vêtues d’uniformes à l’effigie du successeur de saint Pierre. Mais peut-on parler d’anachronisme, dans une Guinée équatoriale dirigée par le même chef d’État depuis quarante-six ans, sept mois et vingt-trois jours ? Dans la perspective de la visite de Léon XIV, le régime de Teodoro Obiang Nguema a mis les petits plats dans les grands. Entendez par là « les plats des petits » dans les enjaillements des grands.
Si le pays d’Afrique centrale est peuplé d’habitants majoritairement chrétiens, deux mesures indignent une bonne partie de la population. Dans le but de financer le séjour du pape – sans doute quelques travaux dans l’espace public –, les autorités équato-guinéennes auraient imposé, au mois de février, une retenue sur le salaire des fonctionnaires et des militaires. Des témoignages à des agences internationales de presse font état de coupes de 20 000 à 55 000 F CFA (de 30 à 75 euros), ce qui représenterait environ 20 % des rémunérations concernées…
Enthousiasme forcé
À l’adresse des étudiants qui pouvaient se rassurer de ne pas encore être salariés ponctionnés de l’État, une circulaire diffusée, en début de semaine, à l’Université nationale de Guinée équatoriale (UNGE), à Malabo, annonce que tous les inscrits du campus seront non seulement requis, lors du passage du chef de l’Église catholique, mais que − esthétique collective oblige −, ils seront tenus de porter un vêtement imposé. Une tenue qui ne sera évidemment pas distribuée gratuitement. Son coût serait de 10 000 F CFA (environ 15 euros…
Certes, les revenus tirés du pétrole assurent à la Guinée équatoriale et ses 2 millions de citoyens l’un des revenus par habitant les plus élevés d’Afrique. Mais la majorité de la population reste pauvre. Et la liberté d’expression n’étant pas une spécialité, à Malabo, difficile pour un Équato-guinéen d’exprimer publiquement son désintérêt pour la visite papale et son intention de ne pas s’y associer…
Périple africain : Algérie, Cameroun, Angola et Guinée équatoriale
Léon XIV dont la première exhortation apostolique, « Dilexi te« , réaffirmait l’enseignement de l’Église à l’égard des moins argentés n’avait guère besoin d’une polémique de cette nature. En avril, son périple en Algérie, au Cameroun, en Angola et donc en Guinée équatoriale constitue sa première grande tournée internationale.
Le séjour équato-guinéen papal fera étape à Malabo, à Mongomo et à Bata. Le souverain pontife rencontrera des acteurs du monde de la culture et des travailleurs d’un hôpital psychiatrique. Il recevra les évêques équato-guinéens. Il visitera un centre de formation portant le nom de son prédécesseur. Il rendra visite aux détenus d’une prison. Et il se recueillera devant un monument à la mémoire des 108 personnes décédées, en 2021, dans l’explosion d’une caserne.
