Les prises de position internationales se sont faites rares après la promulgation de la loi sénégalaise qui réprime l’homosexualité. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce silence.
Le Sénégal vient de voter une loi doublant les peines réprimant les relations homosexuelles, punies désormais de cinq à dix ans de prison, et qui prévoit également une peine de trois à sept ans de prison pour les personnes reconnues coupables d’avoir encouragé ou financé des relations entre personnes du même sexe.
Le texte a été promulgué par le président Bassirou Diomaye Faye, malgré l’appel du Haut-Commissaire des Nations unies pour les droits humains à ne pas signer cette loi qui « bafoue » les droits humains, en plus de l’appel d’Onusida.
Rare prise de position politique internationale, une ministre wallone a remis en cause le financement des projets liés au climat dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, provoquant l’ire des dirigeants sénégalais.
Silence des grandes ONG
Hormis ces réactions, les appels à l’action de la part des acteurs internationaux se sont faits rares. Si quelques ONG de défense des personnes LGBT+ se sont émues du durcissement de la loi, les grandes organisations de défense des droits de l’homme sont restées silencieuses.
Divers facteurs peuvent expliquer cette situation : le retrait des États-Unis en tant qu’acteur humanitaire majeur, la réticence de la part de l’Occident, y compris de l’ancienne puissance coloniale française, de renvoyer l’image d’un donneur de leçons à l’endroit du Sénégal, considéré comme une démocratie relativement stable et un partenaire essentiel. Les relations entre personnes du même sexe sont considérées comme une déviance au Sénégal et le durcissement de sa répression est une promesse de longue date du camp au pouvoir, porteuse politiquement dans ce pays.
L’homosexualité est aussi souvent dénoncée comme étant un instrument employé par les Occidentaux pour imposer des valeurs prétendument étrangères à la culture locale.
Plus de leadership mondial sur les droits des personnes LGBTQ
Selon Ari Shaw, chercheur principal au Williams Institute, un centre de recherche américain spécialisé dans les questions LGBT+, « chaque fois que des lois ou des politiques sont adoptées qui portent atteinte aux droits des personnes LGBTQ, cela mérite l’attention du monde entier ».
« Les États-Unis ont toujours été l’un des principaux moteurs de la pression diplomatique en faveur des droits des personnes LGBTQ à l’échelle mondiale » mais aujourd’hui, sous l’administration du président Donald Trump, « on assiste à un véritable vide en matière de leadership mondial sur ces questions », relève-t-il.
« L’Europe occidentale, et en particulier la France et l’Espagne, pour qui les relations avec le Sénégal constituent une priorité majeure », ne souhaitent pas s’exprimer sur le sujet, selon Paul Melly, chercheur associé au programme Afrique du groupe de réflexion sur les affaires internationales Chatham House.
Lorsque la loi ougandaise contre l’homosexualité est entrée en vigueur en mai 2023, elle a été considérée comme l’une des plus sévères au monde, avec des peines pouvant aller jusqu’à la prison à vie pour les relations homosexuelles consenties, tandis que « l’homosexualité aggravée » est passible de la peine de mort. La Banque mondiale avait alors décidé de suspendre son aide financière au pays, avant de la reprendre mi-2025.
Au moins 32 des 54 pays d’Afrique ont des lois en vigueur interdisant et punissant les relations entre personnes du même sexe. « L’adoption de cette loi au Sénégal intervient dans un contexte marqué par « une montée de l’homophobie et des agressions sur le continent et dans le monde entier », estime Arlana Shikongo, chargée de communication à l’ILGA-Afrique, la branche africaine de l’Association internationale des personnes LGBT+.
Une dizaine de pays ou territoires africains prévoient des peines allant de 10 ans à la prison à perpétuité, notamment le Soudan, le Kenya, la Tanzanie et la Sierra Leone. La peine de mort est appliquée en Ouganda, en Mauritanie et en Somalie.
(Avec AFP)
