Les sanctions américaines contre le ministère rwandais de la Défense et une institution financière rwandaise suscitent des réactions en RDC. Washington accuse Kigali de soutenir les rebelles du M23 dans l’est du pays et de maintenir ses troupes sur le sol congolais, en violation de l’accord de paix signé entre les deux pays, en décembre 2025.
Un constat s’impose : les États-Unis continuent de parler du M23 et non du Front pour la refondation de la nation, le FRN, qui a intégré l’AFC/M23 et placé l’ancien président congolais, Joseph Kabila, à sa tête.
La question reste de savoir si ces sanctions peuvent contribuer à faire taire les armes.
Un signal fort pour certains, une mesure inefficace pour d’autres
À Kinshasa, certains Congolais voient dans ces sanctions un moyen de dissuasion et un signal politique fort adressé à Kigali. D’autres les jugent insuffisantes, voire sans effet, et appellent plutôt à renforcer l’armée congolaise.
« Les sanctions peuvent aider les autres personnes qui ont pris les armes à comprendre qu’elles ne peuvent pas continuer dans cette voie, de peur d’être elles aussi sanctionnées », estime cette jeune habitante de Kinshasa.
Pour cet habitant de la capitale congolaise, « les sanctions annoncées constituent justement un signal fort, un signal politique. Les États-Unis vont ainsi exercer davantage de pression sur le Rwanda pour l’amener à retirer ses troupes du sol congolais ».
Un autre Kinois estime qu’il « faut aller beaucoup plus loin. On a vu la dynamique autour de la Russie lorsqu’elle a attaqué l’Ukraine. Il ne faut pas qu’il y ait deux poids, deux mesures. Les mêmes énergies déployées pour l’Ukraine doivent également l’être pour la République démocratique du Congo ».
Et pour cet autre « les sanctions américaines sont nulles et sans effet. C’est une sorte de poudre de perlimpinpin. Il ne faut pas en tenir compte. Ce qu’il nous faut, c’est renforcer notre armée, qui est payée pour sauvegarder l’intégrité territoriale du pays, et non pour compter sur les autres ».
M23 ou FRN : le flou autour de Joseph Kabila
Washington, de son côté, continue de désigner le M23, sans mentionner le FRN. Les autorités américaines n’ont toutefois pas précisé si le maintien de la référence au M23 traduit une volonté d’écarter, ou non, Joseph Kabila des discussions diplomatiques en cours.
Mais au sein de l’opposition congolaise, certains le considèrent comme un acteur incontournable dans la résolution de ce conflit. Pour le pouvoir de Kinshasa, en revanche, le FRN n’est qu’un nom d’emprunt du M23, les acteurs restant les mêmes.
L’institut Ebuteli avertit contre une escalade du FRN
Fred Bauma, directeur exécutif d’Ebuteli, l’Institut de recherche sur la politique, la gouvernance et les violences, redoute que le mouvement de Joseph Kabila cherche à imposer sa présence par une intensification des combats, comme on le voit en ce moment autour de la ville minière d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu.
« En réalité, tant qu’ils n’auront pas démontré leur capacité à se considérer comme une suite du mouvement précédent, on peut établir une équivalence : M23 égale AFC, égale FRN », explique-t-il, avant d’avertir que « cette logique pourrait pousser le FRN à démontrer qu’il est différent du M23 par une escalade militaire. Je pense que c’est une logique dangereuse qui risque de faire des populations vivant près des lignes de front des instruments de mesure des rapports de force. C’est une perspective dramatique qu’il faudrait éviter ».
L’enjeu est donc de savoir si la pression américaine suffira à freiner les ambitions militaires du mouvement et à ramener les parties autour de la table des négociations.
Un dialogue national est en préparation pour tenter de résoudre la crise politique et sécuritaire dans laquelle est plongé le pays. Mais le président Félix Tshisekedi refuse toujours de dialoguer avec les rebelles, qu’il s’agisse de l’ancienne AFC/M23 ou désormais du FRN. Le chef de l’État congolais l’a encore affirmé, le vendredi 30 octobre dernier, devant la diaspora congolaise à Moscou.
Auteur: Jean-Noël Ba-Mweze
