Trois jours après la visite éclair à Dakar de son prédécesseur, lancé dans une campagne intensive pour succéder dans quelques mois à António Guterres, le chef de l’État a fait connaître le soutien du Sénégal à celui qui fut son adversaire en politique.
Le week-end porte conseil. Trois jours après l’audience accordée à l’ex-président Macky Sall, venu lui exposer les grandes lignes de sa candidature au poste de secrétaire général de l’ONU, Bassirou Diomaye Faye a, sans grande surprise, officialisé le soutien de l’État du Sénégal à la démarche engagée depuis le 2 mars par son prédécesseur.
« Le président de la République invite […] toutes les forces vives de la Nation à soutenir cette candidature qui est désormais celle du Sénégal au service de l’Afrique et d’un multilatéralisme plus performant », est-il notamment indiqué dans le communiqué diffusé ce 20 juillet par le ministère de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur. Le même jour, après avoir brièvement transité au Maroc, où il réside depuis son départ du pouvoir, en avril 2024, Macky Sall a été reçu par Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie.
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Jusqu’ici parrainé par le Burundi, Macky Sall peut donc désormais compter sur la caution de son propre pays. Surtout, il pourra s’appuyer sur la très respectée diplomatie sénégalaise, ainsi que sur les moyens logistiques, financiers et humains que le président Faye entend bien mobiliser à l’appui de cette candidature au poste prestigieux de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies – dont l’actuel titulaire, le Portugais António Guterres, verra son mandat prendre fin le 31 décembre 2026.
« Le chef de l’État a instruit le gouvernement et l’ensemble du réseau diplomatique sénégalais de se mobiliser pleinement pour promouvoir cette candidature auprès des États membres des Nations unies », ajoute ainsi le communiqué.
À contre-courant de la ligne de Pastef
Inconcevable il y a encore deux mois, à la veille du limogeage d’Ousmane Sonko de la primature, cette officialisation du soutien sénégalais à la candidature de l’ex-président traduit le virage à 180 degrés opéré par Bassirou Diomaye Faye, qui navigue aujourd’hui à contre-courant de la ligne édictée par le parti qui l’avait fait élire.
Lui reprochant son passif en matière de droits humains lorsqu’il était au pouvoir et sa responsabilité dans la dette cachée qui grève aujourd’hui les capacités budgétaires de l’État sénégalais, l’état-major et les militants des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef, au pouvoir) n’auraient jamais cautionné la perspective de soutenir la candidature de Macky Sall, hier leur adversaire irréductible. Le parti présidé par Ousmane Sonko n’annonçait-il pas son intention de le traduire un jour devant la Haute Cour de justice pour « haute trahison » ?
À l’heure où il s’émancipe ouvertement de la tutelle de Pastef, s’apprêtant à lancer son propre parti en août prochain, Bassirou Diomaye Faye a manifestement opté pour une démarche consensuelle susceptible de compenser demain la fracture intervenue hier avec les Patriotes. Au cours des prochains mois, le président de la République fera en effet face à des échéances électorales majeures : les élections locales prévues en janvier 2027, et d’éventuelles élections législatives susceptibles d’intervenir si lui-même décidait de dissoudre l’Assemblée nationale à partir du 3 décembre.
Dans ce contexte, une possible alliance avec l’Alliance pour la République (APR), le parti de Macky Sall, pourrait lui offrir une chance de faire bonne figure au soir des résultats.
[MàJ le 21 juillet à 6h45 avec la confirmation de l’audience accordée à Moscou par Sergueï Lavrov, et non par Vladimir Poutine]
