Ces arrestations dans l’opposition interviennent à moins d’une semaine d’une « marche de protestation et d’indignation » déjà interdite par les autorités. Par ailleurs, l’est du pays a de nouveau connu des affrontements intercommunautaires meurtriers.
Neuf dirigeants du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), principale coalition d’opposition au régime du président Mahamat Idriss Déby Itno au Tchad, ont été arrêtés le 25 avril et placés en garde à vue, à moins d’une semaine d’une marche de protestation déjà interdite par les autorités. Une source au sein de la police judiciaire, sous couvert d’anonymat, a confirmé à l’AFP que « les responsables politiques sont actuellement en garde à vue ».
Les arrestations interviennent alors que la coalition avait lancé un appel à une « marche de protestation et d’indignation » le 2 mai, une mobilisation interdite par le ministre de la Sécurité publique et de l’Immigration.
Dans un communiqué publié mi-avril sur ses réseaux sociaux, le GCAP appelait la population à manifester contre « l’injustice, l’exclusion et pour le rétablissement de nos droits, de nos libertés et de la justice ».
Le ministre tchadien de la Sécurité a annoncé, dans un communiqué, la dissolution du GCAP par un arrêt de la Cour suprême, exigeant des membres de la coalition qu’ils « cessent immédiatement cette manœuvre, constitutive d’un trouble à l’ordre public ». Cette coalition, qui fédère 13 partis politiques et des représentants de la société civile, est la seule plateforme à avoir systématiquement contesté les élections et appelé au boycott.
Début octobre, une révision constitutionnelle établissant un mandat présidentiel de sept ans, renouvelable sans limite, avait été votée à une majorité écrasante par le Parlement, un peu moins de deux ans après l’adoption par référendum de la Constitution. Cette nouvelle mouture, qualifiée « d’autoritaire » par l’opposition, ouvre la voie à un maintien indéfini au pouvoir du président Mahamat Idriss Déby.
« L’arbitraire ne doit pas devenir la règle »
Dans un communiqué, le parti d’opposition « Les Transformateurs » a fermement dénoncé l’arrestation des dirigeants du GCAP, affirmant que « l’arbitraire ne doit pas devenir la règle dans notre pays ». Dans ce texte, le parti exprime son inquiétude face à ces interpellations, soulignant que « ces faits rappellent de manière préoccupante l’arrestation arbitraire du président Succès Masra depuis le 16 mai 2025″.
En mai 2025, le président des Transformateurs et ancien Premier ministre, avait été condamné à 20 ans de prison pour « incitation à la haine et à la violence » dans un procès « politiquement motivé », selon l’organisation de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW).
Makaila N’Guebla, connu pour son opposition au régime d’Idriss Déby Itno, père de l’actuel président, avant de devenir conseiller aux droits humains à la présidence sous le règne de Déby fils pendant la transition politique puis de s’exiler en France, a dénoncé ces arrestations et appelé la communauté internationale à réagir face à la « dégradation de la situation des droits humains au Tchad« .
La frontière avec le Soudan toujours sous tension
Par ailleurs, l’est du pays a de nouveau connu une flambée de violence ce 25 avril alors qu’au moins 42 personnes ont été tuées dans un affrontement intercommunautaire, selon le délégué du gouvernement sur place.
Plusieurs ministres, hauts responsables locaux ainsi que le chef d’état-major des armées ont été dépêchés sur place le 26 avril.
Depuis plusieurs années, cette zone de transhumance, région stratégique à la frontière avec le Soudan en guerre, est en proie à des conflits entre différentes communautés, principalement entre cultivateurs autochtones sédentaires, et éleveurs nomades arabes.
Évoquant ces violences, le vice-Premier ministre a estimé qu’il « résulte d’un contexte », en référence au conflit au Soudan. « Nous ferons tout pour contenir la situation et éviter que notre pays ne soit gagné par ce conflit, qui, je le répète, ne nous concerne aucunement », a-t-il insisté.
(Avec AFP)
