Deux hommes, A. Diallo et O. Seck, ont comparu devant la chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Thiès pour répondre des chefs d’association de malfaiteurs et de vol en réunion commis avec violences, usage d’armes et de moyens de locomotion, à la suite d’un spectaculaire braquage survenu le 20 mars 2024 dans un point de transfert d’argent Wave.
Selon l’accusation, vers 9 h 45, le gérant du point Wave, E.A. Kane, venait de recevoir 100 millions FCFA de la société SAGAM. Peu après le départ du convoyeur, un groupe d’individus encagoulés, circulant à moto et armés de machettes, a fait irruption dans les locaux. Les assaillants se sont violemment attaqués au gérant, lui infligeant plusieurs blessures avant de s’emparer de 54 millions FCFA.
Alertés, les éléments de la Brigade de recherches de Thiès ont constaté sur les lieux des traces de sang, des billets de banque éparpillés ainsi qu’une moto abandonnée par les malfaiteurs lors de leur fuite, précipitée par l’intervention de vigiles et de passants.
Les investigations ont permis d’identifier cette moto comme appartenant à A. Diallo. Les enquêteurs ont notamment retrouvé sur l’engin le certificat de mise en consommation (CMC), ce qui a permis de remonter jusqu’à son propriétaire présumé.
Une autre moto utilisée lors du braquage a été retrouvée devant le domicile de O. Seck. Lors de la perquisition, les enquêteurs disent avoir saisi une paire de chaussures blanches similaire à celle portée par l’un des agresseurs filmés par les caméras de surveillance.
À la barre, les deux prévenus ont rejeté en bloc les accusations.
A. Diallo a soutenu que la moto qu’il avait achetée auprès d’Ibrahima Sène était une Beverly 125 grise ancien modèle, alors que celle saisie par les enquêteurs est une Beverly 300 Tourer noire. « Je ne suis mêlé ni de près ni de loin à ce braquage », a-t-il déclaré.
De son côté, O. Seck a affirmé n’avoir jamais été sur les lieux des faits. « La personne que l’on voit sur les images de vidéosurveillance n’est pas moi. Contrairement à ce qui est avancé, rien n’a été saisi à mon domicile », a-t-il soutenu.
Entendu comme victime, le vigile K. Touré a expliqué qu’il lui était impossible d’identifier formellement les agresseurs, ceux-ci étant encagoulés. « Ils étaient armés de couteaux et de machettes. Je me suis battu avec eux et ils m’ont blessé au pied. Depuis, je n’ai plus l’usage normal de mon pied », a-t-il témoigné, réclamant 1,5 million FCFA de dommages et intérêts.
Le gérant E.A. Kane a, lui aussi, indiqué ne pas avoir pu reconnaître tous les assaillants en raison de leurs cagoules. Il a toutefois affirmé qu’au cours de la lutte, la cagoule de O. Seck était tombée, lui permettant de l’identifier.
L’avocat de Wave Sénégal a estimé que les éléments du dossier suffisent à établir la culpabilité des deux prévenus. Selon lui, la moto abandonnée sur les lieux appartient à A. Diallo, tandis que les chaussures retrouvées chez O. Seck correspondent à celles visibles sur les images de vidéosurveillance. Il a réclamé 90 millions FCFA à titre de dommages et intérêts.
Dans son réquisitoire, le procureur de la République a estimé que le vol était matériellement établi et que les preuves réunies permettaient d’imputer les faits aux deux accusés.
Il a notamment relevé que les images de vidéosurveillance, le CMC retrouvé sur la moto abandonnée, les déclarations recueillies durant l’enquête, la découverte des chaussures lors de la perquisition ainsi que l’extinction simultanée des téléphones des deux prévenus au moment du braquage constituaient un faisceau d’indices concordants.
Le représentant du ministère public a ainsi requis la réclusion criminelle à perpétuité contre A. Diallo et O. Seck pour association de malfaiteurs et vol en réunion commis avec violences, usage d’armes et de moyens de locomotion.
Assurant leur défense, Me Sy a soutenu qu’aucune disposition légale n’interdit à une personne d’éteindre son téléphone portable et que cet élément ne saurait constituer une preuve de culpabilité. Il a également estimé que la présence de chaussures similaires à celles visibles sur les images de vidéosurveillance ne permettait pas d’identifier formellement son client, en l’absence de preuves scientifiques telles que des analyses ADN ou des empreintes. L’avocat a ainsi demandé la relaxe des deux prévenus au bénéfice du doute.
Au terme des débats d’audience, l’affaire a été mise en délibéré pour être vidée le 27 juillet 2026.
