À un mois du 29 mai 2026, date du centenaire de Me Abdoulaye Wade, le Président Bassirou Diomaye Faye met les formes. Réception d’une délégation du PDS au Palais, hommage officiel piloté par le ministère de la Culture, Haut Patronage et présence personnelle annoncée… L’État s’implique directement dans la célébration du « Pape du Sopi ».
Vendredi 17 avril 2026, Diomaye Faye a reçu au Palais une délégation du PDS conduite par Nafissatou Diallo, venue lui transmettre un message d’Abdoulaye Wade. À l’issue de l’audience, le principe est acté : *la célébration du centenaire sera organisée sous le Haut Patronage du Chef de l’État, qui y prendra part personnellement*. Le ministère de la Culture a été instruit pour coordonner l’événement.
Devant ses hôtes, Diomaye Faye a salué « une figure politique majeure, tant en Afrique qu’à l’échelle internationale », rappelant que le parcours de Wade « a contribué à forger l’image et le prestige du Sénégal ». Il a insisté : Wade « a su ouvrir aux Sénégalais un horizon des possibles élargi, nourrissant une ambition collective et une confiance renouvelée en l’avenir ».
Le PDS jubile et parle déjà d’un « moment historique de rassemblement national, de reconnaissance et d’hommage » à celui dont l’action a « profondément marqué la trajectoire démocratique, économique et institutionnelle » du pays.
Depuis son élection, Diomaye Faye se pose en garant de l’unité. Lors du Dialogue National du 28 mai 2025, il déclarait : « Mon rôle est de tendre la main à toutes et à tous, pour rassurer, rassembler, apaiser et réconcilier afin de conforter la paix et la stabilité ».
Célébrer Wade, c’est appliquer cette doctrine. Après 12 ans de présidence Sall marqués par la rupture avec le PDS, le nouveau pouvoir renoue le fil. L’hommage d’État à un ancien président, même adversaire historique de son camp, envoie un signal : la République est plus grande que les clivages partisans.
Le cabinet de Wade l’a compris et salue « la dimension républicaine donnée à cet événement », parlant d’un « moment de transmission pour les jeunes générations, d’unité nationale et de projection vers l’avenir ».
La realpolitik n’est jamais loin. Le PDS reste une machine électorale, surtout au Nord et dans la diaspora. En 2024, Karim Wade n’a pas pu se présenter, mais le parti pèse encore. Or Diomaye Faye gouverne avec une majorité relative et un tandem avec Sonko qui montre déjà des fissures.
En honorant le père, Diomaye parle au fils. Il a d’ailleurs reçu Karim Wade à Doha en marge du Forum, pour des « échanges constructifs sur la situation politique, économique et sociale du pays ». Certains y voient une tentative de neutraliser le PDS, voire de l’attirer dans une future majorité élargie, à l’heure où des députés Pastef accusent Diomaye de « vouloir diviser le parti » en vue de 2029.
Babacar Gaye, du PDS, l’a dit clairement : il invite Diomaye à « marquer » le centenaire. Le Président répond au-delà des attentes : pas juste une présence, mais le Haut Patronage et le pilotage par l’État.
Politiquement, Diomaye Faye et Abdoulaye Wade ont peu en commun : l’un est souverainiste, rupture, anti-système ; l’autre fut le champion du libéralisme et des grands travaux. Pourtant, en célébrant Wade, Diomaye se rattache à la lignée des « pères de la Nation ».
Wade, c’est le TER, l’autoroute à péage, l’aéroport AIBD, le stade de Diamniadio, le Plan GOANA. Diomaye, après 500 jours, met en avant la baisse des prix, « Sénégal 2050 », la souveraineté alimentaire et numérique. En rendant hommage au bâtisseur d’infrastructures, il légitime sa propre ambition transformatrice, tout en corrigeant le récit : Wade a construit les routes, lui veut bâtir la justice sociale.
C’est aussi une façon de sortir de l’ombre de Macky Sall. En réhabilitant Wade, Diomaye contourne Sall et s’adresse directement à l’histoire longue du Sénégal.
