La dette publique du Sénégal, évaluée à 132 % du PIB fin 2024, reste au cœur des discussions entre Dakar et Washington. Alors que le gouvernement exclut publiquement toute restructuration, le FMI, via son département Afrique, a tenu à clarifier sa position : souveraineté des États, mais pas de nouveau financement sans dette soutenable.
« C’est au Sénégal de décider », mais…
Edward Gemayel, chef de mission du FMI pour le Sénégal, et Julie Kozack, directrice de la communication du Fonds, ont répété le même message lors des derniers briefings : « Le choix et la nature précise des opérations sur la dette, y compris la décision de restructurer ou non, restent une décision souveraine ».
Le rôle du FMI ? « Accompagner les pays membres par des analyses, des recommandations et une expertise technique ». Autrement dit : le Fonds ne dicte pas une restructuration, mais il ne financera pas un programme si la dette est jugée non soutenable.
Pourquoi le mot « restructuration » revient malgré tout
Deux raisons poussent le FMI à l’évoquer : Le niveau d’endettement* : 132 % du PIB à fin 2024, qualifié d’« extrêmement élevé et porteur de fortes vulnérabilités macroéconomiques ». Le Sénégal doit trouver 6 075 milliards F CFA en 2026, dont un pic de 747 milliards F CFA de service de la dette en mars 2026 seulement — l’équivalent de plus de deux mois de recettes fiscales. La suspension du programme : le programme de 1,8 milliard de dollars a été gelé en 2024 après la découverte d’une « dette cachée » de plus de 11 milliards de dollars contractée entre 2019 et 2024. Pour relancer la coopération, l’analyse de viabilité de la dette (AVD) doit être finalisée avec la Banque mondiale. Et tant que la dette n’est pas jugée soutenable, « tout appui financier est conditionné ».
Les lignes rouges fixées à Dakar. Pour débloquer un nouvel accord, le département Afrique du FMI attend trois choses: Des mesures « correctrices » pour éviter qu’une dette cachée ne se reproduise. Edward Gemayel cite la centralisation de la gestion de la dette dans un seul ministère, au lieu de l’éclatement actuel entre Finances et Économie.
La transparence : publication de l’audit des arriérés domestiques et « diffusion de données complètes, précises et opportunes sur la dette ».
Une trajectoire crédible : montrer comment le Sénégal ramène le déficit sous contrôle. Or, le besoin de financement des collectivités a plus que doublé en 2024, et leur dégradation représente la moitié de la hausse du déficit public entre 2022 et 2024.
Le Premier ministre Ousmane Sonko l’a dit à plusieurs reprises : « Nous n’accepterons pas une restructuration imposée ». Le ministre des Finances Cheikh Diba est encore plus tranché : « Le terme restructuration ne le prononcez plus. Nous ne sommes pas dans cette situation ».
Malgré ces assurances, « les services dirigés par Kristalina Georgieva ne sont pas encore convaincus ». Les discussions pour un nouveau programme « n’ont pas encore véritablement redémarré ». Le FMI attend la finalisation de l’AVD et le rapport d’audit de la Cour des comptes sur les dépenses 2019-2024.
Edward Gemayel tempère : « Il est rare qu’un nouvel accord soit finalisé après une première visite ». Mais il se dit « engagé » à trouver une solution « rapidement » avec les autorités.
En clair, pour le département Afrique du FMI, la restructuration n’est pas une exigence, mais un outil. Si Dakar veut un programme et des décaissements, il faudra démontrer que la dette est soutenable sans restructuration, ou accepter d’en discuter. La décision, elle, reste sénégalaise.
