Porté par des ambitions climatiques élevées et une stratégie énergétique structurée, le Maroc s’impose comme un acteur crédible de la transition bas carbone. Mais derrière les objectifs affichés, un défi majeur persiste : mobiliser les financements nécessaires pour transformer l’essai.
Le Maroc a relevé ses ambitions climatiques à travers une contribution actualisée qui vise une réduction de 53% des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2035, sous condition de soutien international, avec un objectif inconditionnel de 21,6%. Selon un nouveau rapport de l’Atlantic Council, ces engagements s’inscrivent dans une stratégie plus large articulée autour de plusieurs cadres structurants, notamment la stratégie bas carbone à l’horizon 2050 et le Plan national d’adaptation climatique.
Cette orientation volontariste contraste toutefois avec la structure actuelle du système énergétique. Le pétrole représente encore près de 57% de l’approvisionnement énergétique total du Royaume, tandis que le charbon en constitue environ 30%, selon la même source. Cette dépendance expose directement l’économie marocaine aux fluctuations des prix internationaux et alourdit son bilan carbone, en particulier dans les secteurs du transport et de la production d’électricité.
Dans le mix électrique, le poids du charbon reste prépondérant, assurant à lui seul près des deux tiers de la production. Une situation qui met en évidence les limites actuelles de la transition énergétique, malgré les investissements engagés dans les énergies renouvelables.
Sur ce terrain, les progrès sont néanmoins tangibles. La part des renouvelables dans la production d’électricité est passée de 6% en 2000 à 17% en 2022, avec une capacité installée avoisinant 38%. L’objectif est désormais de porter cette part à 52% d’ici 2030. Le rapport souligne que le Maroc dispose d’atouts structurels importants, notamment un fort potentiel solaire et éolien, ainsi qu’une proximité géographique avec l’Europe, susceptible de soutenir des exportations d’énergie verte.
Des projets structurants illustrent cette dynamique, à l’image du complexe solaire Noor Ouarzazate, considéré comme l’un des plus importants au monde avec une capacité de 580 MW. Parallèlement, le Royaume explore de nouveaux segments comme l’hydrogène vert, avec une stratégie visant à capter jusqu’à 4 à 5% de la demande mondiale à l’horizon 2030.
Mais derrière cette montée en puissance, la question du financement s’impose comme le principal défi. Le coût estimé de la mise en œuvre des engagements climatiques sur la période 2026-2035 atteint 96 milliards de dollars, dont 60 milliards dédiés à l’atténuation et 36 milliards à l’adaptation, selon l’Atlantic Council. À cela s’ajoutent des besoins supplémentaires pour le développement des énergies renouvelables, évalués à 27 milliards de dollars, voire jusqu’à 72 milliards en intégrant pleinement l’hydrogène vert.
Malgré une mobilisation importante des financements internationaux ( notamment via la Banque mondiale, la BAD, la BEI ou encore le Fonds vert pour le climat ) un écart significatif subsiste entre les ressources disponibles et les besoins identifiés. Le Maroc figure parmi les principaux bénéficiaires de financements climatiques en Afrique, captant près de 48% des flux approuvés dans la région MENA entre 2003 et 2023, mais ces montants restent insuffisants pour soutenir une transition à grande échelle.
Le rapport insiste ainsi sur la nécessité de mobiliser davantage de capitaux privés, en s’appuyant sur des mécanismes innovants de partage des risques. Parmi les pistes évoquées figure le recours à des dispositifs de garantie capables de sécuriser les investissements et d’améliorer leur profil de risque, afin d’attirer des investisseurs institutionnels.
