Présenté le 1er août 2025 au Grand Théâtre, le Plan de Redressement Économique et Social (PRES) « Jubbanti Koom » promettait une révolution : mobiliser 5 667 milliards F CFA sur 2025-2028 sans dette extérieure. Trois mois après le lancement effectif de son volet fiscal en octobre, les premières lignes commencent à s’afficher au Trésor. Et elles parlent en milliards.
Octobre 2025 : 303,5 milliards encaissés en un mois
Le déclic date du 1er octobre. C’est là que le volet fiscal du PRES est entré en vigueur. Résultat immédiat : 303,5 milliards F CFA de recettes fiscales collectées en un mois, soit +9 % par rapport à septembre 2025 et +16 % par rapport à octobre 2024.
Le moteur ? Les nouvelles taxes ciblées : jeux d’argent, tabac, alcool, smartphones et paiements en cash. « Cette progression s’explique principalement par l’introduction de nouvelles taxes », confirme Malamine Fall. Les projections tablent sur +24 % de recettes d’ici fin décembre par rapport à fin 2024.
À court terme : 130 milliards de gains directs
Au-delà du flux mensuel, les mesures fiscales du PRES devaient générer 130 milliards F CFA supplémentaires à court terme. Une première bouffée d’oxygène pour un État qui cherche à combler un déficit budgétaire de 12,3 % du PIB en 2024 et une dette publique à 132 % du PIB.
Sur 2025-2028, le plan vise 5 667 milliards F CFA* de ressources, dont 90 % endogènes sans endettement. Le détail : 2 111 milliards de ressources domestiques additionnelles, 1 091 milliards de recyclage d’actifs, 50 milliards d’économies sur la taille de l’État, et 1 352 milliards de financement endogène hors dette. L’injection de ces ressources doit elle-même produire 1 062 milliards de recettes fiscales réparties sur trois ans : 274 milliards la 1ère année, 442 milliards la 2e, 344 milliards la 3e.
D’où viennent les milliards ? La batterie fiscale de Sonko
Le PRES a ouvert plusieurs « niches » :
-Jeux de hasard et paris en ligne : taxation des sociétés et des mises des parieurs.
– Tabac et alcool : taxe sur le tabac portée à 100 %.
-Numérique : fiscalisation du mobile money, e-commerce, transferts marchands, droits de sortie sur les smartphones réactivés pour 100 milliards.
– Foncier et environnement : optimisation des revenus du foncier, fiscalité environnementale, amendes et redevances.
– Douanes et droits : réactivation des droits de sortie sur l’arachide (27 milliards), la noix de cajou (15 milliards), taxe de réciprocité sur les visas, droits sur les exportations.
– Actifs publics : recyclage d’actifs portuaires, aéroportuaires, autoroutes (60 milliards), SOGEPA (341 milliards), renouvellement des concessions télécoms (200 milliards).
– Énergie : lutte contre les pertes techniques de la Senelec évaluées à 90 milliards, régularisation des contrats, Gaz-to-Power.
S’ajoutent la réduction du train de vie de l’État : fusion/suppression d’agences pour *50 milliards*, plafonnement de la masse salariale du parapublic, réduction des missions à l’étranger, centrale d’achat, réforme des véhicules administratifs.
L’objectif 2025-2028 : 5 667 milliards sans dette extérieure
Le chiffre revient dans tous les discours : 5 667 milliards F CFA provisoires à mobiliser d’ici 2028, soit « à peu près autant que le budget annuel du Sénégal ». C’est 33 % de plus que les prévisions du Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle (DPBEP) 2026-2028.
Le Premier ministre l’assume : « Nous avons identifié plus de 4 600 milliards FCFA de ressources mobilisables entre 2025 et 2028, sans alourdir la dette de l’État. Il s’agit de notre vision d’un redressement souverain, responsable et lucide ». Avec les mesures en cours d’évaluation, le total pourrait monter à 6 600 – 7 200 milliards.
Et pour 2025 ? Une année de transition
2025 est l’année 1 du plan. Si octobre a rapporté 303,5 milliards, la dynamique doit s’amplifier en novembre-décembre pour atteindre les 274 milliards de recettes fiscales additionnelles attendus sur la première année. À cela s’ajoutent les premiers effets du recyclage d’actifs et de la renégociation des contrats stratégiques, chiffrée à 884 milliards sur 3 ans.
Le gouvernement compte aussi sur l’Appel public à l’Épargne (APE) : 450 milliards mobilisés en 2026, 150 de plus que prévu. En 2025, l’État a déjà levé 2 225 milliards sur les marchés UEMOA et 1 779 milliards via 4 APE.
Les défis : transformer l’essai fiscal en trésorerie
Les milliards annoncés sont des projections. Tout repose sur la capacité de recouvrement. Le PRES mise sur la « traque des fausses quittances », la lutte contre la fraude fiscale, le marquage fiscal contre la contrebande, et la digitalisation. Le plan prévoit aussi de « ramener le déficit budgétaire à 3 % du PIB d’ici 2027 ».
Mais le Sénégal part de loin : dette cachée de 7 milliards $, défaut de paiement ayant conduit la BAD à geler *1 630 milliards* de décaissements sur 39 projets, salaires impayés depuis 3 mois dans ces programmes. Le PRES doit donc à la fois payer les arriérés, financer les investissements et rassurer les bailleurs.
303,5 milliards en octobre, 130 milliards à court terme, 274 milliards attendus sur l’année 1 : le PRES de Sonko a commencé à produire du cash. La méthode — taxes ciblées, recyclage d’actifs, sobriété de l’État — rompt avec l’endettement facile.
Reste à tenir le rythme sur 36 mois, encaisser les 5 667 milliards promis et prouver que la « souveraineté budgétaire » peut financer le développement sans étrangler la croissance. En 2025, le compteur tourne. En 2026, avec les pics de remboursement de dette, il faudra passer à la vitesse supérieure.
