Et si les images satellites, les recherches effectuées sur Google ou encore les données du trafic aérien permettaient de prendre le pouls de l’économie marocaine avant même la publication des statistiques officielles ? Dans une nouvelle étude consacrée au Royaume, le Fonds monétaire international explore le potentiel des données dites « non traditionnelles » pour suivre en temps réel l’évolution de secteurs stratégiques comme l’agriculture, le tourisme ou l’emploi.
À l’heure où les décideurs économiques recherchent des indicateurs toujours plus rapides pour éclairer leurs choix, le Fonds monétaire international (FMI) estime que les statistiques conventionnelles ne suffisent plus toujours à saisir les évolutions de l’économie en temps réel. Entre la collecte, le traitement et la publication des données officielles, plusieurs semaines, voire plusieurs mois, peuvent parfois s’écouler.
Dans un nouveau document de travail, l’institution de Bretton Woods prend le Maroc comme terrain d’expérimentation pour démontrer comment de nouvelles sources d’information peuvent compléter les outils statistiques classiques. L’étude, menée par l’économiste Dina Hamed, s’appuie notamment sur les images satellites, les données de FlightRadar24 et les tendances de recherche sur Google afin d’estimer l’évolution de plusieurs indicateurs économiques avant leur publication officielle.
L’objectif n’est pas de remplacer les statistiques nationales produites par les institutions compétentes, mais de disposer de signaux avancés permettant de mieux appréhender la conjoncture économique et d’anticiper d’éventuels retournements.
Le choix du Maroc ne doit rien au hasard. Le FMI souligne que le Royaume dispose déjà d’un appareil statistique de qualité, mais que certains secteurs demeurent particulièrement sensibles aux chocs extérieurs et aux évolutions rapides de leur environnement économique. C’est notamment le cas de l’agriculture, du tourisme et du marché du travail.
Des satellites pour suivre l’agriculture
L’agriculture occupe une place particulière dans l’économie marocaine en raison de son poids dans l’emploi, de son influence sur les revenus ruraux et de son impact sur les prix alimentaires.
Pour suivre son évolution, les chercheurs du FMI mobilisent plusieurs indicateurs issus de l’observation satellitaire. Les données relatives aux précipitations, au stress hydrique, à l’état de la végétation ou encore aux réserves d’eau souterraine permettent de dresser un tableau presque instantané des conditions agricoles à travers le territoire.
L’étude met notamment en évidence le contraste marqué entre les conditions de sécheresse observées au début de l’année 2025 et l’amélioration enregistrée en 2026 à la faveur du retour des précipitations. Grâce à ces informations disponibles avec seulement quelques jours de décalage, il devient possible d’évaluer l’état de la campagne agricole plusieurs mois avant la publication des chiffres officiels.
Le FMI souligne ainsi que les modèles enrichis par ces données alternatives améliorent sensiblement la qualité des estimations de la valeur ajoutée agricole.
Le tourisme et l’emploi sous le prisme des données numériques
L’autre champ d’application concerne le tourisme, devenu l’un des principaux moteurs de croissance du Royaume.
Pour suivre l’évolution du secteur, les chercheurs utilisent notamment les données de capacité aérienne extraites de FlightRadar24. En analysant quotidiennement les vols à destination du Maroc, il est possible d’obtenir une indication rapide de l’évolution des flux touristiques. Selon l’étude, la corrélation observée entre ces données et les arrivées touristiques officielles est particulièrement élevée.
Le rapport met également en avant l’intérêt des recherches effectuées sur Google. Les requêtes liées aux voyages, aux destinations marocaines ou aux réservations d’hébergement constituent autant d’indices permettant d’anticiper les recettes touristiques avant la publication des statistiques officielles.
La même logique est appliquée au marché du travail. Les chercheurs constatent qu’une hausse des recherches liées à l’emploi, aux plateformes de recrutement ou aux démarches administratives associées au chômage tend à accompagner l’évolution du taux de chômage. Ces signaux numériques offrent ainsi des indications précoces sur les tensions du marché du travail.
Au-delà du cas marocain, le FMI considère que ces nouvelles approches pourraient transformer les méthodes de suivi économique dans de nombreux pays. Les résultats obtenus montrent que l’intégration de données alternatives améliore la précision des estimations pour les trois indicateurs étudiés : la valeur ajoutée agricole, les recettes touristiques et le chômage.
