Dans son ouvrage intitulé « Violentées, pas anéanties », Ramat Abadjida raconte celles et ceux que Boko Haram a meurtris, mais pas réduits au silence. Femmes, jeunes et hommes témoignent d’une résilience quotidienne, entre survie, reconstruction et dignité.
Il y a les cartes de la guerre, les bilans humanitaires, les statistiques des déplacements forcés. Et puis il y a les vies derrière les chiffres. C’est ce que cherche à retrouver Ramat Abadjida dans « Violentées, pas anéanties : la résilience des populations affectées par Boko Haram dans le bassin du Lac Tchad », publié chez Guiguess Éditions. Son ouvrage s’intéresse à un territoire frappé depuis plus d’une décennie par les violences de Boko Haram, le bassin du Lac Tchad, espace transfrontalier partagé entre plusieurs pays, où des millions de personnes ont vu leur quotidien basculer. Loin d’un récit uniquement consacré aux destructions, l’auteur choisit de regarder ce qui demeure.
Dans les villages abandonnés, dans les camps de déplacés, dans les communautés dispersées par la peur, il observe les gestes simples qui permettent de continuer à vivre. Entre autres reconstruire une activité économique, maintenir des solidarités familiales, protéger les enfants, préserver une identité collective. La résilience est le fil conducteur de l’ouvrage.
Mais Ramat Abadjida refuse d’en faire un synonyme de soumission ou d’acceptation silencieuse de la souffrance. Pour lui, elle représente « une forme d’intelligence sociale, une capacité des populations à s’adapter sans renoncer à leur dignité ». Survivre devient alors une manière de résister. Dans le chapitre consacré aux déplacés internes et aux réfugiés, l’auteur décrit une réalité brutale, celle de familles contraintes de fuir en quelques heures, sans préparation, sans ressources, parfois sans destination précise. « Lorsque les violences de Boko Haram forcent des milliers de personnes à fuir leurs villages, ces déplacés internes n’ont souvent que très peu de temps pour s’organiser », écrit-il.
Les camps apparaissent alors dans l’urgence, autour de zones considérées comme « plus sûres », mais où l’incertitude reste omniprésente. Derrière cette crise humanitaire, le livre insiste sur les trajectoires individuelles. Les déplacés ne sont pas seulement des personnes déracinées, ce sont aussi des femmes qui reprennent une activité pour nourrir leur famille, des jeunes qui cherchent à reconstruire un avenir, des communautés qui réinventent des formes d’entraide dans des conditions extrêmes. Les femmes occupent une place centrale dans cette chronique de la survie.
Souvent exposées aux violences et aux pertes, elles deviennent aussi des figures essentielles de la continuité sociale. Selon l’auteur, « elles sont parmi les premières à s’adapter à la nouvelle réalité économique provoquée par la destruction des infrastructures et la disparition des moyens de subsistance ».
Dans les espaces de déplacement, elles organisent, entreprennent, transmettent et maintiennent les liens qui empêchent les communautés de se décomposer. Ramat Abadjida propose à travers quinze chapitres et 130 pages, une lecture globale d’une crise où se croisent enjeux sécuritaires, urgences humanitaires et transformations sociales.
Expert en paix et sécurité, spécialiste des dynamiques du bassin du Lac Tchad, il a mobilisé son parcours académique (master en paix et sécurité, master en études internationales et stratégiques, MBA en management des organisations) pour articuler analyse stratégique et approche humaine.
