La restructuration de la branche industrielle de l’équipementier Daher va accélérer la montée en gamme du pôle aéronautique marocain. Le site de Tanger et des sous-traitants locaux hériteront d’ici 2027 de l’assemblage de composants pour les familles A320, A330 et A350.
La chaîne d’approvisionnement d’Airbus au Maroc s’apprête à absorber de nouveaux volumes de production. Confronté à des pertes de plusieurs dizaines de millions d’euros en 2025 sur sa division « Industrie » malgré un carnet de commandes plein, le groupe français Daher déploie son plan de restructuration interne baptisé « Edge ». Ce programme prévoit le transfert d’une partie de la charge de travail de son usine de Tarbes (France) vers ses implantations marocaines.
Cette décision s’inscrit dans une logique d’optimisation des coûts opérationnels. Avec une main-d’œuvre locale estimée trois fois moins coûteuse qu’en France, l’équipementier table sur un retour sur investissement d’ici trois ans, intégrant les coûts logistiques liés aux flux d’importation vers l’Europe.
Intégration dans un écosystème Airbus déjà mature
Ce transfert de charge ne constitue pas une rupture, mais une extension des capacités du Royaume. Le Maroc est déjà un hub consolidé pour Airbus, qui s’appuie sur un réseau de plus de 100 fournisseurs locaux (dont Safran et Figeac Aéro) pour un volume d’affaires annuel approchant le milliard d’euros. Le pays produit déjà des composants critiques, à l’image des trappes de train d’atterrissage de l’A320 ou des sections de fuselage de l’A220.
L’accord actuel, qui s’étalera de septembre 2026 à la fin de l’année 2027, repose sur deux projets distincts :
-Le projet « Make to Buy » : externalisation de la fabrication de 1 000 références de pièces élémentaires métalliques et composites à faible complexité vers des sous-traitants marocains.
-Le projet « Make to Make » : transfert direct vers l’usine Daher de Tanger des lignes d’assemblage de revêtements de sections (composites et métalliques) destinés aux programmes Airbus A300, A320, A330 et A350.
Répercussions industrielles et sociales
Pour le site de Tanger, cette réorganisation se traduit par un apport de plusieurs dizaines de milliers d’heures de travail, confirmant le positionnement de la zone franche sur des segments d’assemblage à plus forte valeur ajoutée.
À Tarbes, la direction a exclu tout licenciement sec pour ses salariés permanents. Les 60 collaborateurs affectés aux lignes Airbus seront reclassés en interne. En revanche, le plan prévoit le non-renouvellement de 40 contrats de travail temporaire.
Ce désengorgement capacitaire doit permettre au site français de pivoter vers deux axes stratégiques : le développement d’activités dans le secteur de la défense (notamment en partenariat avec le missilier MBDA) et la préparation des futurs appels d’offres liés au successeur de la famille Airbus A320.
Cette accélération des transferts industriels confirme la maturité du hub marocain, désormais capable d’absorber des segments d’assemblage complexes. Pour l’écosystème local, ce choix stratégique valide la compétitivité de sa main-d’œuvre et consolide durablement la position du Royaume comme partenaire de premier rang dans la chaîne logistique d’Airbus.
