La liberté de religion ou de conviction ne peut plus être considérée comme un simple droit fondamental. Elle constitue désormais un « véritable critère » de l’attachement des États à l’universalité des droits humains et de la crédibilité des engagements pris en leur faveur. C’est le message porté, mardi 21 juillet à Casablanca, par la présidente du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), Amina Bouayach, à l’ouverture du Sommet mondial sur la liberté religieuse en Afrique du Nord.
Dans un contexte international marqué, selon elle, par la résurgence des replis identitaires, la progression de l’extrémisme violent, la multiplication des discours de haine et l’instrumentalisation de la religion dans les conflits politiques, Bouayach a estimé que ces phénomènes constituent des défis sans précédent pour le système des droits et des libertés.
« Le véritable défi n’est pas la présence de la religion dans la société », a-t-elle déclaré, mais la capacité à faire de « la pluralité religieuse et de la diversité des convictions un fondement de la paix sociale et un pont vers la paix, plutôt qu’une source de division et de conflit ».
La présidente du CNDH a également souligné que les relations entre religion et droits humains ne sauraient être réduites à des réponses définitives ou à des lectures absolues. Elles exigent, selon elle, une réflexion en constante évolution afin d’accompagner les profondes transformations que connaît le monde.
Elle a rappelé que le droit international des droits de l’Homme a progressivement favorisé un rapprochement entre le mouvement international des droits humains et les acteurs religieux autour d’un principe fédérateur : celui de la dignité humaine comme référence universelle, au-dessus de toutes les appartenances, garantissant le pluralisme et proscrivant toutes les formes de discrimination.
Des menaces renforcées par les mutations numériques
Dans son intervention, Amina Bouayach a mis en garde contre la montée des replis identitaires, de l’extrémisme violent, des discours de haine et de la désinformation, auxquels s’ajoute l’utilisation de la religion dans les conflits politiques, sociaux et géopolitiques. Autant d’évolutions qui, a-t-elle averti, fragilisent les fondements mêmes du système des droits et des libertés.
La responsable s’est également attardée sur les conséquences de la révolution numérique. Les technologies, a-t-elle observé, ne se limitent plus à transformer les modes de communication ; elles redéfinissent également les mécanismes de production et de diffusion des savoirs, y compris ceux liés aux discours religieux.
Selon elle, les algorithmes et les plateformes numériques contribuent à la constitution d’espaces informationnels fermés qui alimentent la polarisation, réduisent les possibilités de dialogue et accentuent les fractures au sein des sociétés.
Face à ces mutations, Bouayach a plaidé pour une approche globale, dépassant le seul cadre juridique et reposant sur la complémentarité entre la législation, l’éducation, la culture, les politiques publiques et la coopération internationale.
Protéger la liberté de religion et promouvoir une culture du pluralisme
Évoquant le rôle des institutions nationales des droits de l’Homme, la présidente du CNDH a distingué la protection de la liberté de religion ou de conviction de sa promotion.
La première implique, a-t-elle expliqué, que les États garantissent l’exercice effectif de cette liberté, préviennent les violations et combattent les discriminations. La seconde relève d’un projet de société fondé sur l’ancrage d’une culture du pluralisme, le renforcement du dialogue entre les religions et les convictions, ainsi que l’élaboration de références communes reposant sur l’égalité de tous en dignité humaine.
Une telle approche, a-t-elle précisé, vise à empêcher que la liberté de religion ne soit invoquée pour justifier la haine, l’exclusion ou la violence.
Bouayach a par ailleurs insisté sur le fait que les rapports entre religion et droits humains ne relèvent ni d’une opposition inévitable ni d’une harmonie automatique. Ils sont, selon elle, le résultat d’un choix politique, d’une responsabilité institutionnelle et d’un engagement collectif en faveur de l’État de droit ainsi que de la protection des droits et des libertés.
Le Maroc présenté comme un modèle de gouvernance religieuse
La présidente du CNDH a estimé que le Maroc offre un exemple dans ce domaine grâce à une gouvernance religieuse fondée sur la promotion d’une compréhension éclairée de la religion et sur les valeurs de modération, de juste milieu, de tolérance et de coexistence.
Cette approche, a-t-elle indiqué, fait de la religion un facteur de stabilité et de vivre-ensemble, plutôt qu’un instrument de polarisation ou d’instrumentalisation.
Enfin, Bouayach a affirmé que le principal défi actuel consiste à garantir que ni la religion ni les droits humains ne soient utilisés pour porter atteinte à la dignité humaine ou remettre en cause les droits et les libertés. Elle a appelé l’ensemble des acteurs, qu’ils soient religieux ou issus de la société civile, à faire de la diversité des convictions une source d’enrichissement pour les sociétés et à œuvrer à la construction d’un modèle fondé sur la dignité, la liberté, la justice et la paix.
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