Huit mois après le double meurtre qui a secoué Pikine Technopole, l’instruction franchit une nouvelle étape. Les sept mis en cause dans l’assassinat du danseur Abdou Aziz Ba alias « Aziz Dabala » et de son neveu Boubacar Gano dit « Waly » ont été extraits de prison ce mardi 15 avril 2026 et conduits à la Division des investigations criminelles (DIC). Objectif : procéder à des prélèvements d’ADN complémentaires demandés par le juge d’instruction du 2ᵉ cabinet de Pikine-Guédiawaye.
Qui sont les sept mis en cause ?
Déférés depuis août 2024, les suspects placés sous mandat de dépôt sont : El Hadji Mamadou Lamine Diaw alias « Modou Lo », Assane Diaw, Ousseynou Diaw, Serigne Sarr, Ababacar Bâ, Oumar Guèye et la danseuse Marème Lèye alias Nabou Lèye. Tous sont poursuivis pour « association de malfaiteurs, meurtre avec préméditation et actes de barbarie ».
Pourquoi de nouveaux prélèvements ?
Dès le début de l’enquête, les relevés de la police scientifique dans l’appartement de Technopole avaient fait apparaître plusieurs ADN. Les enquêteurs de la DIC, sous le commissaire Adramé Sarr, avaient déjà établi que « leur ADN est apparu dans les données des analyses » et que les six hommes « étaient tous sur les lieux du crime pendant ou après les faits ».
Mais de nouvelles déclarations de Modou Lo, principal suspect, ont relancé la machine. Après avoir d’abord revendiqué seul le crime, il met désormais en cause Nabou Lèye et l’artiste Tarba Mbaye, les présentant comme « les véritables auteurs » qui lui auraient remis 500 000 FCFA pour la mission. Il soutient que Tarba « a achevé Aziz Dabala » tandis que Nabou « se serait chargée de Waly ». Face à ces accusations, le juge a ordonné une contre-expertise ADN et une comparaison élargie pour vérifier les présences sur la scène de crime.
Nabou Lèye au cœur du dispositif
Initialement placée sous contrôle judiciaire, Nabou Lèye avait été réincarcérée après les déclarations de Modou Lo. La DIC la considère comme « le nœud de l’enquête ». Deux éléments pèsent :
– Le bornage téléphonique : la nuit du 18 août 2024, alors qu’elle disait être rentrée chez elle à 22h, son portable bornait dans l’appartement d’Aziz Dabala entre 22h50 et 00h30. Confrontée à cette « preuve technique irréfutable », elle n’a fourni aucune explication.
– La chronologie : elle était au volant le soir du crime et a déposé Aziz à Pikine-Icotaf « sur les pieds » de Modou Lo vers 22h35, au lieu de le ramener chez lui. Pour les enquêteurs, elle aurait « livré » le danseur au reste de la bande déjà postée à Technopole.
Nabou Lèye nie en bloc : « Je n’y suis pour rien. Je n’ai pas tué et je ne sais pas qui a tué », a-t-elle martelé lors de sa confrontation avec Modou Lo. Ses avocats dénoncent « une erreur sur le bornage » et plaident que son téléphone « bornait à 12h, pas à minuit ».
–Le mobile : argent, vidéos, orientation sexuelle*
Le rapport d’enquête évoque plusieurs pistes. Modou Lo a d’abord parlé d’avances sexuelles d’Aziz Dabala qu’il aurait repoussées, avant de tuer par crainte de dénonciation. Il parle aussi d’un contrat de 2 millions FCFA, dont il n’aurait reçu que 500 000 FCFA. Autre piste : l’existence de « vidéos compromettantes » détenues par Aziz Dabala. La DIC mentionne enfin des retraits Wave de 5 000 FCFA et 3 000 FCFA effectués sur les comptes des victimes après l’heure présumée du décès.
Tarba Mbaye dans le viseur
Cité par Modou Lo, l’artiste a été entendu par la DIC puis libéré sous convocation. Des sources judiciaires indiquent que « son passage prochain devant le juge d’instruction semble inévitable ». Pour l’instant, il n’est pas inculpé.
Suite de la procédure
Les prélèvements ADN de ce 15 avril doivent être analysés par le laboratoire de la police technique et scientifique. La Chambre d’accusation de Dakar doit aussi statuer le 29 janvier 2026 sur le recours des avocats de Nabou Lèye contre la révocation de son contrôle judiciaire.
Le juge d’instruction dispose de six mois pour clôturer son enquête et renvoyer le ou les accusés devant la Chambre criminelle. En attendant, les sept mis en cause ont regagné leurs cellules après leur passage à la DIC.
