Évincé de la Présidence le 30 décembre 2025, l’ancien Directeur des Moyens généraux Cheikh Oumar Diagne sort de son silence. Dans une série d’entretiens et de conférences de presse, le secrétaire général du Rassemblement pour la Vérité/ACD dresse un bilan sans concession des premiers mois du régime Diomaye-Sonko : « Ce régime ne fera rien d’important dans ce pays », martèle-t-il, pointant « des querelles stériles » alors que « les Sénégalais continuent de souffrir ».
« Guéguerre » et ambitions personnelles
Pour Cheikh Oumar Diagne, le sommet de l’État est miné par un « choc des ambitions ». Il vise les luttes d’influence entre clans Pastef, les rivalités ministérielles et les batailles d’ego qui, selon lui, paralysent l’action publique. « On s’enlise dans les polémiques et les affrontements politiques au lieu de se concentrer sur l’essentiel : le développement économique du Sénégal », dénonce-t-il.
Cette « guéguerre » aurait des conséquences concrètes : absence de cap sur la dette, pilotage hésitant du FMI, et un climat des affaires qui se dégrade malgré « la stabilité politique et la population accueillante » du pays. « Le Sénégal perd du terrain face à ses voisins », alerte-t-il.
Dette, souveraineté : « on prépare l’échec »
L’expert en finance islamique accuse le régime de « préparer l’échec en fustigeant l’ancien pouvoir » plutôt qu’en bâtissant un plan de croissance. Il conteste la notion de « dette cachée » et affirme avoir été le premier à évaluer la dette à 116% du PIB, « pendant que toute l’opinion était à 99% ». Pour lui, le débat devrait porter sur la « smart-debt » et la refonte des critères de convergence, pas sur des querelles comptables.
Sur la souveraineté économique, il juge le discours « souverainiste » contredit par les faits : « Les opérateurs turcs, chinois et les consortiums d’entreprises françaises continuent d’occuper des positions stratégiques sans avoir été inquiétés ». Pire, « l’ambition de créer des champions nationaux se heurte à une réalité cruelle : certains ont déjà déposé le bilan ».
Une amertume personnelle assumée
Limogé après ses propos polémiques sur les tirailleurs sénégalais – qu’il avait qualifiés de « traîtres » – Cheikh Oumar Diagne se dit victime d’une « cabale médiatico-maraboutique ». « Il s’agit d’une volonté manifeste de m’écarter définitivement des cercles de pouvoir et de salir ma réputation », a-t-il déclaré à SÉNÉGAL MOVIES TV.
Il rappelle avoir refusé des frais de dernière minute pour le Magal de Touba au nom de la « rationalisation des dépenses », ce qui lui a valu d’être accusé de vues salafistes anti-soufies. « Je suis soufi », se défend-il, tout en revendiquant « le droit de débattre avec les marabouts ».
« Grande déception » du 24 mars 2024
Pour le leader du RV/ACD, la rupture promise par Bassirou Diomaye Faye tarde à se matérialiser. Il fustige le coût du crédit à 7%, la domination des banques étrangères « tournées vers la maximisation des profits à court terme » et l’absence de réforme bancaire. « Un État qui veut penser le développement doit d’abord le penser en aval », insiste-t-il.
Il met aussi en garde : « Je crains que les Sénégalais ne soient des étrangers chez eux d’ici deux ans » si la question des OGM et du foncier n’est pas réglée.
