C’est un double enjeu que le gouvernement met sur la table ce mardi : préserver la paix sociale tout en accélérant les chantiers d’infrastructures. À l’approche du 1er mai et à mi-parcours de l’Agenda national de Transformation, l’exécutif veut montrer qu’il tient les deux bouts de la corde : dialogue avec les syndicats et livraison des grands projets.
Stabilité sociale : le Pacte sous évaluation
Premier axe annoncé : le suivi du Pacte national de stabilité sociale pour une croissance inclusive et durable. Signé entre l’État, le Patronat et les Centrales syndicales, ce Pacte a « marqué un tournant historique dans le renforcement du dialogue social tripartite », rappelle le Président de la République.
Concrètement, le gouvernement doit publier, avant le 30 avril 2026, un Livre blanc sur l’état de prise en charge des doléances des centrales et l’évaluation de la première année d’application du Pacte. Chaque ministère est sommé de faire la revue des revendications sectorielles et de généraliser les comités de dialogue social.
Le Premier ministre Ousmane Sonko préside d’ailleurs ce mardi 17 mars 2026, à 9h30, la réunion du Comité de pilotage du Pacte, au 10ème étage du Building administratif. Autour de la table : Oliver Boucal, ministre de la Fonction publique, Cheikh Diba, ministre des Finances, Mamadou Lamine Dianté du Haut Conseil du Dialogue Social, et les patrons Baidy Agne (CNP), Adama Lam (CNES), Mbagnick Diop (MDES) et Idy Diop (UNACOIS).
La 5ème Conférence sociale est déjà programmée sur le thème de la « Productivité au travail ». Le 1er mai, la cérémonie de réception des cahiers de doléances se tiendra au Palais. Côté éducation, le gouvernement et le G7 peaufinent un protocole d’accord : guichet unique pour les décrets 2026-65 et 2026-66, dématérialisation des actes, réforme de la retraite à 65 ans, résorption des abris provisoires et généralisation de la connectivité d’ici fin 2027.
Infrastructures : finir les chantiers, lancer les prochains
Deuxième menu de la conférence : les projets infrastructurels. Le Premier ministre l’a dit : après « des investissements publics significatifs au cours des douze dernières années », une part importante reste « techniquement et financièrement achevée, mais non mise en service, parfois depuis des années ». D’où la tenue, fin avril-début mai 2026, d’un *Conseil interministériel consacré aux infrastructures*.
L’objectif : « valoriser effectivement les investissements déjà engagés ». Les projets en cours doivent être finalisés et intégrés « dans une logique durable d’exploitation et de maintenance ». Le Bureau opérationnel de Coordination et de Suivi des Projets (BOSC) pilote le travail, sous la coordination du ministre des Infrastructures.
Parallèlement, le gouvernement assume un choix : *le financement souverain des segments clés*. Énergie, hydraulique, agropoles, portuaire, aéroportuaire… Ces secteurs seront financés « en priorité par des ressources endogènes », via le Plan de Redressement économique et social (PRES). La réussite de l’Appel public à l’Épargne (APE) — 450 milliards F CFA mobilisés contre 300 prévus — conforte cette option.
Le logement, point de jonction entre social et infrastructures
Trait d’union entre les deux axes : l’accès au logement. « L’accès à un logement décent et abordable demeure une préoccupation majeure », souligne le Président. Consigne : accélérer les programmes sur tout le territoire, avec la SAFRU, la SN HLM et la SICAP. Les coopératives d’habitat seront mieux encadrées. Le Fonds de l’Habitat Social doit être évalué pour devenir « un véritable instrument-levier ».
Pour les enseignants, le protocole avec le G7 prévoit la délivrance des titres de propriété, la mise à disposition des parcelles promises depuis 2003-2022 d’ici décembre 2026, et des logements « clés en main ». Côté écoles, l’État s’engage à poursuivre la résorption des abris provisoires et équiper les structures.
Le message : « Stabilité pour construire, construire pour stabiliser »
En filigrane, la doctrine du gouvernement tient en une phrase : pas de croissance durable sans paix sociale, pas de paix sociale sans résultats visibles. Le Chef de l’État « considère la promotion et l’ancrage de la stabilité sociale comme une priorité » et demande de « concentrer les énergies vers le bon fonctionnement et la qualité du service public ».
La conférence de presse de ce mardi devrait donc décliner le calendrier : Livre blanc du Pacte avant fin avril, Conseil interministériel sur les infrastructures dans la foulée, 1er mai au Palais, et 5ème Conférence sociale à venir.
Avec 100 000 barils/jour à Sangomar et le GNL de GTA attendu, le Sénégal a les moyens. L’enjeu, désormais, est d’aligner le tempo social et le tempo des chantiers.
