Depuis 2012, la question revient à chaque visite d’un dirigeant occidental, à chaque conférence de presse internationale : « Le Sénégal va-t-il dépénaliser l’homosexualité ? » La réponse de Macky Sall, elle, n’a jamais varié. Entre défense de la souveraineté législative et gestion d’une société majoritairement hostile à la question, l’ex-président a tracé une ligne claire : oui aux droits humains, non à « l’injonction civilisationnelle ».
« Au nom de quoi ça doit être une loi universelle ? »
L’argument revient comme un leitmotiv, d’Obama en 2013 à Trudeau en 2020, en passant par Itélé en 2015. Pour Macky Sall, la dépénalisation de l’homosexualité ne relève pas d’un standard universel à imposer. « Nous avons notre code de la famille, nous avons notre culture, nous avons notre civilisation. Il faut que les gens apprennent à respecter nos croyances et nos convictions ».
Face à Audrey Pulvar sur Itélé, il tranche : « Au nom de quoi on doit penser que parce qu’ailleurs, on pense que l’homosexualité doit être dépénalisée, que ça doit être une loi universelle ? » Pour lui, « ce ne sont pas les organisations des droits de l’homme qui gouvernent nos pays ». La population sénégalaise a « ses représentants, élus démocratiquement », et c’est à eux de légiférer.
La distinction : pénaliser l’acte, pas l’orientation
Macky Sall insiste sur une nuance juridique. Le Sénégal ne punit pas l’homosexualité en tant qu’identité, mais « les relations contre nature », selon l’article 319 du Code pénal. « Ceux qui ont une orientation sexuelle de leur choix ne sont pas pour autant (…) l’objet d’exclusion », expliquait-il à Justin Trudeau. « Le Sénégal est un pays de droit, un pays qui respecte les droits de l’homme. Mais c’est un pays qui a des lois qui interdisent (…) l’exhibition, les relations contre-nature ».
En clair : être homosexuel n’est pas un délit, l’acte sexuel entre personnes de même sexe, lui, l’est. Une distinction que les ONG jugent hypocrite, mais qui fonde la position officielle : « le Sénégal n’est pas homophobe », il applique « des lois qui sont le condensé de nos valeurs de culture et de civilisation ».
Il l’a redit devant Trudeau en 2020 : « On ne peut pas non plus demander au Sénégal de légaliser l’homosexualité, et demain, la gay pride (…) Ça, ce n’est pas possible ». Et de conclure : « on ne peut pas avoir une vision globale du monde… Chaque pays a son propre métabolisme ».
Une ligne rouge tenue jusqu’au bout
La position est devenue un engagement personnel. Le 27 janvier 2022, devant l’association des imams et oulémas : « Tant que je serai à la tête du pays, l’homosexualité ne sera pas dépénalisée au Sénégal ». Durant le référendum de 2016, soupçonné de vouloir introduire des « nouveaux droits » favorables aux LGBT, il avait coupé court : « Tant que je serai le président de la République, l’homosexualité ne sera jamais permise ici ».
Même comme candidat au poste de Secrétaire général de l’ONU, il a maintenu : « Il ne faut pas que ces sujets soient imposés. Je n’ai jamais accepté qu’ils me soient imposés en tant que président ». Il plaide pour « reconnaître la dignité humaine et défendre les droits de l’homme », mais en tenant compte des « réalités socioculturelles ».
Les rapports internationaux confirment. Le Département d’État américain 2023 évoque « l’intolérance ou l’encouragement de la violence » contre les LGBTQ+, « menaces, attaques, chantage et viols ». Amnesty dénonce des « scènes de discrimination sexuelle accentuées par des violences ». En mars 2026, l’Assemblée a même durci la loi : 5 à 10 ans de prison pour « actes contre nature » et pénalisation de la « promotion » de l’homosexualité.
L’État, selon des analystes, se fait « sous-traitant de la violence » : il pénalise, la société réprime. Des collectifs comme « And Samm Jikko Yi » se mobilisent contre toute décriminalisation.
Droits de l’homme ou droits des peuples ?
Le dilemme Macky Sall tient en une phrase : « Il faut respecter le droit également pour chaque peuple de définir sa propre législation ». Face à Obama en 2013, il posait déjà les bases : « Il y a des principes généraux que toutes les nations peuvent partager, c’est le respect de la personne humaine, c’est la non-discrimination. Mais ces questions fondamentalement sont des questions de sociétés et qu’il ne saurait y avoir un modèle fixe et applicable pour toutes les nations ».
Pour ses détracteurs, dont l’association STOP Homophobie, l’argument ne tient pas : « Les personnes homosexuelles font également partie de la population sénégalaise et il est de son devoir d’assurer leur pleine égalité et protection ». 48 % des demandeurs d’asile LGBT en Belgique en 2023 étaient Sénégalais.
Le Sénégal reste dans les 64 pays qui pénalisent l’homosexualité. Pour Macky Sall, c’est le prix de la stabilité et du respect des « valeurs majoritaires ». Pour les défenseurs des droits LGBT, c’est une violation des engagements internationaux du Sénégal.
