Privé de liberté depuis deux ans, le journaliste burkinabè Atiana Serge Oulon incarne le combat pour informer. Enlevé le 24 juin 2024, il mérite une mobilisation internationale pour sa liberté et celle de la presse. Une tribune de Sadibou Marong, de Reporters sans frontières.
Le journaliste d’investigation burkinabè Atiana Serge Oulon est privé de liberté depuis deux ans. Il symbolise le courage d’informer dans un pays où le journalisme ne s’accommode pas du narratif imposé par la junte. Directeur de publication du média L’Événement, il a été enlevé le 24 juin 2024 et est aujourd’hui enfermé, torturé, dans un silence assourdissant des autorités. Serge Oulon mérite une mobilisation internationale, une mobilisation pour la liberté, pour le journalisme, pour le droit à l’information. Il mérite de reprendre son travail : le journalisme, qu’il aime et qu’il a choisi.
S’il n’avait pas été enlevé il y a deux ans, le journaliste burkinabè d’investigation Atiana Serge Oulon serait sans doute aujourd’hui en train de finaliser sa dernière enquête ou son plus récent reportage. Il exercerait simplement le métier qu’il a choisi : révéler ce que d’autres cherchent à dissimuler. Ses derniers articles portaient notamment sur le manque de transparence au sein de l’armée et sur des soupçons de détournement de fonds destinés aux Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) impliquant un haut gradé. C’est précisément ce professionnalisme, cette quête de vérité, qui valent aujourd’hui à ce reporter chevronné de 40 ans d’être privé de liberté et de tout contact avec ses proches.
Atiana Serge Oulon a été enlevé le 24 juin 2024. Il a ensuite été annoncé dans les rangs de l’armée, puis localisé par RSF dans une prison secrète en plein cœur de la capitale, Ouagadougou. Nous avons révélé qu’il y a été battu, torturé et privé de nourriture. Pendant tout ce temps, la junte continue à faire la sourde oreille. En bafouant sur tous les plans la liberté de la presse dans un pays qui, pendant de longues années, a abrité des médias vibrants et des acteurs talentueux, la junte a fini par faire du Burkina Faso un pays d’exil à cause de la brutale répression.
Une voix à faire taire
Ceux qui, comme Atiana Serge Oulon, ne sont pas partis sont ciblés par le régime en raison de leur travail journalistique. À cause de son courage d’informer, Atiana Serge Oulon est devenu, aux yeux de la junte, plus qu’une menace : il est une voix à faire taire. Mais, même enfermé ou porté disparu, son œuvre est récompensée. Elle a d’ailleurs été couronnée par le Prix du journalisme d’investigation RSF – Mohamed Maïga 2025. Auteur d’enquêtes, récompensées à plusieurs reprises, il a aussi écrit plusieurs livres, notamment un, en 2020, intitulé Comprendre les attaques armées au Burkina Faso.
Dans un Burkina Faso qui a perdu 25 places au Classement mondial de la liberté de la presse entre 2022 et 2026, le journalisme indépendant est de plus en plus réduit au silence. Le seul discours désormais toléré semble être celui qui s’aligne sur le narratif imposé par la junte. Parce qu’il refusait de s’y conformer, Atiana Serge Oulon dérangeait. Il est devenu une cible pour des autorités militaires qui se sont arrogé le droit de décider qui peut informer les citoyens et citoyennes, et sur quelles réalités.
Une politique de contrôle de l’information
Deux ans après son enlèvement, alors que sa libération continue d’être réclamée, l’ensemble de la profession vit sous la menace de la répression et de l’autocensure. Les médias peuvent de moins en moins aborder la situation sécuritaire, l’accès à l’information se restreint. Car cette privation n’affecte pas seulement les journalistes : elle prive aussi les populations d’une compréhension claire des défis auxquels elles sont confrontées, de l’évolution des risques sécuritaires, notamment dans la zone des « trois frontières » au nord du pays, et des décisions prises en leur nom.
Lorsque les faits cèdent la place aux seuls récits officiels, les populations perdent leur capacité à exercer un regard critique sur l’action publique et à participer pleinement au débat démocratique. Dans le sillage de plusieurs États du Sahel, le Burkina Faso s’engage ainsi sur une voie où le contrôle de l’information étouffe progressivement le journalisme de vérité et affaiblit le droit fondamental des populations à être informées.
Et la disparition forcée d’Atiana Serge Oulon en est l’incarnation la plus brutale. Depuis 720 jours, un journaliste manque à sa rédaction, à ses proches et à son pays. Depuis 720 jours, c’est aussi le droit des Burkinabè à être informés qui recule. Atiana Serge Oulon mérite la liberté. La population burkinabè mérite, elle aussi, que les faits ne disparaissent pas avec ceux qui les révèlent.
