En marge du sommet Africa Forward, le chef de l’État français a affirmé que son pays avait pris « toutes les responsabilités » en matière de réforme du franc CFA. Pour lui, il appartient désormais aux exécutifs africains concernés de franchir le pas suivant.
Les pays néosouverainistes les plus radicaux de la zone CFA réforment à tour de bras. Mais ils contournent toujours précautionneusement la question monétaire. C’est qu’il est plus simple de créer une radio anti-impérialiste ou un groupe de réflexion sous-régional que de battre une nouvelle monnaie africaine. Lors d’échanges avec RFI, France 24 et TV5 Monde en clôture du sommet Africa Forward, le président français Emmanuel Macron n’a pas manqué de souligner ce paradoxe du franc CFA.
Le Français a affirmé avoir « pris toutes les responsabilités », lors d’un séjour abidjanais et dès 2019 pour répondre aux préoccupations monétaires ouest-africaines. Il a ainsi rappelé que les règles en matière de compte de dépôt des réserves au Trésor français et de représentation française au conseil d’administration de la BCEAO ont été modifiées. Seuls ont été maintenus la garantie de convertibilité du CFA et le taux de change fixe avec l’euro, à la demande des pays concernés.
Où en est l’eco ?
À entendre le chef de l’État français, il ne resterait plus aux pays de la zone monétaire ouest-africaine qu’à franchir le pas ultime vers une nouvelle aventure économico-monétaire. « J’attends vraiment d’eux qu’ils aillent au bout », affirme Emmanuel Macron, jusqu’à un changement de ce nom de devise si symboliquement rattaché à l’ancien colon. Si la nouvelle monnaie ouest-africaine tarde à voir le jour, ce n’est en effet pas faute de l’avoir esquissée et d’avoir même établi des calendriers.
C’est en « eco » que doit se muer le CFA au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Mali, au Niger, au Togo, au Bénin et en Guinée-Bissau, les juntes sahéliennes n’ayant pas osé claquer en même temps la porte de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) que celle de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres.
Alors que la naissance de la nouvelle monnaie unique était annoncée dans un délai de deux années, la 68e session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la Cedeao s’inquiétait, en décembre dernier à Abuja, du manque de progrès de la feuille de route. Préoccupante serait la convergence macroéconomique plus qu’approximative des pays supposés utiliser la monnaie. La bouderie des juntes sahéliennes n’aide pas. Le président ivoirien Alassane Ouattara aurait cependant promis à Emmanuel Macron de peser de tout son poids.
