Une velléité de résistance citoyenne et coutumière d’une ampleur rare a paralysé la zone des Agnam, dans le département de Matam, ce samedi 20 juin 2026. Selon des propos relayés par Dakaractu, une mobilisation générale a rassemblé imams, chefs religieux, dignitaires et mouvements de jeunesse, tous unis dans un refus catégorique face à l’autorisation de prospection de phosphate accordée à la société Amafrique SA, représentée par Mansour Bousso.
Pour marquer la sacralité de cette contestation, les autorités coutumières avaient émis une consigne stricte : interdiction absolue d’accéder à la zone bouclée en véhicule motorisé ou à moto. Preuve de l’unanimité de ce mouvement, le maire des Agnam et député à l’Assemblée nationale, Mouhamadou Ngom, dit Farba Ngom, s’est plié à cette exigence en se rendant sur les lieux en charrette. Ce geste hautement symbolique illustre la communion totale entre les élus locaux et la base populaire.
La journée a été rythmée par des séances de prières collectives et des récitals du Saint Coran, sous la direction des imams et des marabouts des daaras. Au-delà de la dévotion, la fermeté était le maître-mot. Les responsables locaux ont proclamé leur intention de s’opposer par tous les moyens à l’introduction des engins de la compagnie minière sur leurs terres, affirmant être prêts à aller jusqu’au sacrifice suprême pour préserver leur patrimoine. Afin de pérenniser cette résistance, les chefs coutumiers ont d’ores et déjà structuré la surveillance et la sécurisation durable du site.
Un permis de prospection contesté et des risques sanitaires dénoncés
Le nœud du conflit réside dans l’octroi, en avril 2026, d’une autorisation de prospection par le Directeur général des Mines et de la Géologie, Ibrahima Gassama. Les populations, appuyées par les rapports de Dakaractu, fustigent une absence totale de concertation préalable. Ni le bureau municipal, ni les chefs de village, ni les autorités religieuses n’ont été consultés. Le maire Farba Ngom avait d’ailleurs publiquement exigé que la municipalité et les communautés soient intégrées à la prise de décision pour ce type de permis d’exploitation.
Les arguments des riverains sont également d’ordre environnemental et sanitaire. Ces derniers jugent inconcevable d’autoriser l’extraction de phosphate à une distance dérisoire – entre 500 mètres et un kilomètre – des habitations. Ils redoutent les impacts délétères d’une telle activité sur la santé publique, alors même que ces terres constituent leur unique espace de vie et de culture.
Escalade des tensions et arrestations arbitraires
Cette démonstration de force s’inscrit dans un contexte social lourd. Des affrontements antérieurs entre les habitants et les éléments de la gendarmerie avaient mené à la destruction d’une machine de prospection appartenant à Amafrique SA. Face à l’urgence, le gouverneur de la région de Matam, Saïd Dia, avait ordonné la suspension temporaire des travaux.
Toutefois, l’accalmie a été brisée par l’arrestation et l’incarcération de trois jeunes locaux à la maison correctionnelle de Matam, accusés de vandalisme par l’entreprise. Une détention d’une semaine que les dignitaires jugent abusive, dénonçant l’absence de preuves matérielles, de vidéos ou de photographies exploitables. Ils réclament leur libération immédiate et condamnent fermement ce qu’ils qualifient de « passage en force » des Forces de défense et de sécurité, opérant au détriment des droits des populations.
L’appel direct au président Bassirou Diomaye Faye
Face à cette impasse, les autorités traditionnelles et religieuses se tournent vers l’exécutif. Elles demandent des clarifications urgentes au nouveau ministre des Mines et de la Géologie sur les conditions de délivrance de ce permis. Elles lancent surtout un appel solennel au président de la République, Bassirou Diomaye Faye, pour qu’il intervienne auprès de la Direction des Mines et stoppe les initiatives de Mansour Bousso, ce dernier étant accusé d’instrumentaliser une convention avec la gendarmerie pour intimider les contestataires.
Un porte-parole de la mobilisation a formalisé cette attente en rappelant les engagements passés du chef de l’État : « Le président est le chef suprême, le Fouta fait partie du Sénégal, et c’est notre président, à nous tous. Nous lui demandons d’arrêter ce projet et de nous soutenir, comme il l’a fait pour Ndiaël. Nous sommes des citoyens, nous sommes des Sénégalais ».
La détermination reste entière dans les Agnam. Les représentants communautaires préviennent que l’absence d’un arbitrage présidentiel direct pourrait mener à une dégradation incontrôlable de la situation, avertissant que « tôt ou tard, tout est possible » et que l’irréparable pourrait se produire — une issue dramatique qu’ils affirment pourtant vouloir éviter à tout prix.
