Entre vols de câbles, branchements clandestins et agressions sur le réseau, la Senelec est sur le pied de guerre. À l’approche de l’hivernage, période la plus critique pour le réseau, la société nationale d’électricité hausse le ton : les sabotages coûtent des milliards, tuent et fragilisent la distribution. Elle réclame une mobilisation de tous.
60 milliards F CFA de pertes et des vies en jeu
Le chiffre est vertigineux : plus de 60 milliards F CFA de préjudice économique par an à cause du vol d’électricité et des branchements illicites. Mais le plus grave reste humain. Ces pratiques sont « à l’origine de nombreux accidents, parfois mortels, causés par des incendies ou des électrocutions dans les espaces publics comme dans les domiciles privés ».
Rien qu’à Kaolack, *seize personnes ont été sanctionnées pour vol d’électricité en avril 2026*, avec des amendes cumulées de plus de 30 millions F CFA. À l’échelle nationale, Senelec a recensé en trois mois 488 cas de fraude, soit 13 514 750 kWh volés, représentant *plus de 4 milliards F CFA* de manque à gagner.
« Agressions de câbles » : 2 coupures par jour
Au-delà de la fraude, le réseau subit des agressions physiques répétées. De 2021 à fin juin 2023, 1 398 coupures d’électricité ont été enregistrées du fait des agressions sur les câbles, soit « un peu plus de deux coupures par jour ». Cumulées, elles représentent 1 000 heures de coupure et un préjudice de près de 1,9 milliard F CFA pour Senelec.
En 2022, à Dakar uniquement, 547 coupures sur les câbles 30 000 volts ont causé 611 MWh non distribués, soit 830 millions F CFA de pertes. Pour le seul 1er trimestre 2023 : 239 coupures, 288 MWh perdus, 405 millions F CFA évaporés. « Ces défauts représentent aujourd’hui 25% des défauts permanents sur le réseau », alertait Papa Mademba Bitèye, ex-DG.
Les formes du sabotage
– Vol de cuivre : des individus démontent le matériel en cuivre dans les postes. En janvier 2016, un vol au Poste 10 des Parcelles Assainies a privé d’électricité les Unités 20 à 25. La Section de recherches a démantelé un « réseau du cuivre » impliquant un chef d’entreprise.
– Branchements clandestins : à Niacoulrab, tout un quartier était branché directement sur les poteaux, sans compteur, moyennant 7 000 F CFA versés à des prestataires véreux de Senelec. Des centaines de branchements illégaux ont été découverts.
– Agressions par les chantiers BTP : pelleteuses qui sectionnent les câbles souterrains lors de terrassements. Senelec exhorte les entreprises à « signaler toute excavation à proximité de câbles souterrains ».
– Occupation des emprises : constructions sous les lignes haute tension à Hann, Fort B, Zac Mbao, Kounoune. « Ces constructions entraînent l’emprisonnement des ouvrages, rendant l’entretien impossible et vouant le réseau à une mort précoce », dénonce Senelec. En cas de panne, intervenir avec une grue de 200 tonnes devient impossible.
L’appel à la « vigilance collective »
Face à ce « véritable braquage énergétique », Senelec a lancé une vaste opération de contrôle depuis avril, avec police, gendarmerie et huissiers. Au tribunal de Kaolack le 9 avril, une dizaine de prévenus ont écopé de prison ferme et 10 millions F CFA d’amendes pour vol de poteaux, découpe de câbles et branchements pirates.
Mais la répression ne suffit pas. Senelec mise sur trois axes :
-Cartographier le phénomène* sur tout le territoire.
-Poursuivre et sanctionner : généralisation des compteurs électroniques, pose dans des coffrets extérieurs, vis indémontables.
-Sensibiliser : « La sécurité énergétique est l’affaire de tous ». La société appelle les populations à « signaler toute irrégularité » et à dénoncer les branchements clandestins. Elle rappelle aussi les consignes : ne jamais toucher un fil tombé, s’éloigner à pieds joints, alerter Senelec et les pompiers.
Un cadre de concertation avec les entreprises du BTP, la DSCOS et les agences d’exécution de l’État a été mis en place pour réduire les agressions. Senelec a même offert des détecteurs de câbles à la DSCOS.
Un enjeu de sécurité publique
« Nous sommes assis sur des bombes », alertait Proquelec en 2017 : 93 % des installations électriques contrôlées à Dakar et Thiès n’étaient pas conformes, voire dangereuses. Le DG Mouhamadou Makhtar Cissé déplore que « des habitations naissent partout à côté des installations électriques » et que « des milliers de Sénégalais vivent sereinement près de la ligne haute tension alors qu’ils devraient être à des dizaines de mètres ».
Le matériel de contrefaçon inonde le marché. Senelec attend la signature d’un décret pour contrôler les installations jusque dans les domiciles.
