Le bras de fer entre l’État et les syndicats de la santé franchit un nouveau seuil. La coalition And Gueusseum, qui fédère les principaux syndicats autonomes du secteur, a fixé un ultimatum au gouvernement : obtenir des « réponses concrètes » sur sa plateforme revendicative au plus tard le 30 avril 2026. Passé ce délai, elle promet une « radicalisation assumée » du mouvement avec grèves dures et boycott généralisé.
Un 6ᵉ plan d’actions « musclé » déjà en cours
Après une grève de 72h suivie à près de 90% en janvier, And Gueusseum a enclenché son 6ᵉ plan d’actions. Il est articulé autour de quatre temps forts :
-28 janvier – 9 février 2026 : tournée nationale et assemblées générales régionales pour mobiliser la base.
– 10 – 13 février 2026 : grève de 96 heures sur tout le territoire, avec respect des urgences mais « sans observance du service minimum ».
– 14 février 2026 : évaluation du mouvement.
– 28 février – 28 mai 2026 : boycott des programmes de santé, des réunions de coordination, des supervisions, des formations et ateliers.
La coalition précise que « cette dynamique de lutte s’inscrit dans la durée, tant que ses revendications ne trouveront pas de réponses concrètes de la part des autorités ».
Pourquoi l’ultimatum du 30 avril ?
And Gueusseum dénonce des « manœuvres dilatoires du gouvernement », la « conspiration du silence étatique » et l’absence de délivrance des actes administratifs promis. Trois points cristallisent la colère :
Indemnité de logement : toujours refusée aux agents contractuels des EPS et aux travailleurs des collectivités territoriales de la santé.
Carrière : blocage du décret d’intégration des Techniciens supérieurs de santé en hiérarchie A2, milliers de diplômes en souffrance au ministère, et non-reconnaissance du PRECIS pour l’accès aux Masters.
Social : non-disponibilisation des 120 hectares de Daga-Kholpa promis aux victimes du programme de logements sociaux Sutsas-Namora depuis le décret 2021-700.
Face à ce qu’elle appelle un « passif social moralement imprescriptible », la coalition estime que le gouvernement a jusqu’au 30 avril pour « rompre avec le mépris » et ouvrir des négociations sérieuses.
Une jonction des luttes élargie
And Gueusseum ne veut pas lutter seule. Elle appelle le SATSUS, le SAMES, le G7, le G20, la CNTLS, tous les contractuels et « l’ensemble des décideurs » à rejoindre la Jonction des luttes. L’objectif : porter aussi les revendications transversales sur les retraites — départ à 65 ans, revalorisation des pensions jugées « dérisoires », amélioration de la couverture médicale — conformément à l’appel lancé le 11 décembre 2025 par le Dr Mballo Dia Thiam.
Le ton est donné : And Gueusseum assume la « radicalisation ». Après le 5ᵉ plan d’actions marqué par une grève de 72h et une marche nationale à Thiès, le 6ᵉ plan supprime le service minimum pendant les 96h de grève. Seules les urgences seront assurées. Le boycott de trois mois qui suit vise les programmes, les supervisions et les réunions, paralysant le pilotage du système.
La coalition prévient les directeurs d’hôpitaux : toute tentative de sanction ou de réquisition jugée illégale sera contestée. Elle dit suivre « avec une grande attention » le retour des réquisitions à Ziguinchor et appelle les travailleurs à « préserver l’exercice légitime du droit de grève ».
Le gouvernement sous pression
Le ministère de la Santé et de l’Action sociale n’a pas encore réagi publiquement à l’ultimatum. En octobre 2025, And Gueusseum avait déposé un préavis de grève de six mois, du 19 novembre 2025 au 20 mai 2026, listant une vingtaine de revendications. En janvier 2026, le Chef de l’État a signé le décret 2026-67 classant les Techniciens Supérieurs en A2, mais les syndicats jugent la mesure insuffisante face au « stock de revendications ».
Avec l’approche du 30 avril, date butoir fixée par And Gueusseum, le gouvernement d’Ousmane Sonko joue contre la montre pour éviter une paralysie prolongée du secteur. « La balle est dans leur camp », résume un responsable syndical.
