Scènes surréalistes au Tribunal d’Instance de Pikine-Guédiawaye. Depuis le 7 avril 2026, magistrats, greffiers, avocats et justiciables cohabitent avec… des serpents. En cause : l’effondrement d’une partie du mur de clôture qui sépare le palais de justice du Technopole, laissant une brèche béante et non réparée depuis trois semaines.
Le 7 avril 2026, une section du mur jouxtant la zone marécageuse du Technopole s’est écroulée. Aucun chantier de reconstruction n’a été lancé. Résultat : « l’ouverture favorise l’intrusion régulière » de reptiles venus de la zone humide voisine.
La situation a viré à la psychose : des serpents sont régulièrement aperçus devant les salles d’audience, jusque dans les couloirs fréquentés par le public. Le personnel judiciaire évoque une « insécurité totale » pour les usagers et les archives.
Un tribunal déjà au cœur des polémiques foncières
Ironie du sort, le terrain qui abrite le tribunal fait lui-même l’objet d’une enquête judiciaire. L’ancien directeur des Domaines, Mamadou Guèye, a été arrêté dans le cadre d’une information judiciaire sur le foncier ayant servi à la construction du palais de justice. Le collectif « Baidy Sène » dénonçait déjà un « empiètement du site du tribunal sur un lotissement voisin ».
L’effondrement du mur relance donc les questions sur la qualité de la construction et la sécurisation du site. Juridiquement, l’entretien d’un mur de clôture incombe à son propriétaire. En droit français, souvent appliqué au Sénégal en matière de mitoyenneté, « les dépenses relatives à l’entretien du mur doivent être partagées entre les deux voisins » si le mur est mitoyen. Et la jurisprudence rappelle qu’un dommage causé par l’effondrement d’un ouvrage public relève du « dommage de travaux publics ».
Ici, le mur appartient au ministère de la Justice, maître d’ouvrage du tribunal. L’absence de réparation depuis le 7 avril pose la question de la responsabilité de l’État en cas d’accident, morsure ou perturbation du service public.
Les audiences menacées
Au-delà de l’image, c’est la continuité du service public qui est en jeu. Des avocats refusent de s’attarder dans l’enceinte après 17h. Les greffiers redoutent pour les dossiers entreposés au rez-de-chaussée. Le tribunal de Pikine gère pourtant un contentieux lourd : flagrants délits, affaires de mœurs, litiges fonciers… dont certains dossiers sensibles comme le double meurtre Aziz Dabala-Wally Gano.
Trois semaines après l’effondrement, aucun cordon de sécurité, aucune entreprise sur site. Les usagers réclament « l’urgence » d’une reconstruction, rappelant qu’en droit, « la nécessité des travaux connote l’idée d’une situation où l’urgence d’agir est en cause afin de sauvegarder un droit ou d’éviter qu’il ne soit mis en péril ».
Faute de réaction, le tribunal de Pikine risque de devenir le premier palais de justice du Sénégal où l’on juge… sous la menace des serpents.
