Le tribunal des flagrants délits de Dakar a examiné, ce vendredi, l’affaire du vol de bijoux commis le 24 juillet 2026 au domicile de l’animatrice de la TFM, Awa Traoré, alias Eva Tra. Deux prévenus, Mouhamed Coulibaly et Baye Guèye, comparaissaient respectivement pour escroquerie portant sur des bijoux évalués à 14 millions de FCFA et recel. À l’issue des débats, le procureur de la République a requis cinq ans d’emprisonnement ferme contre chacun.
Un stratagème basé sur une fausse identité
À la barre, le fils d’Awa Traoré a expliqué comment il aurait été trompé par un individu qui s’était présenté comme un agent de la Sonatel. L’homme l’aurait contacté sur le téléphone fixe du domicile, prétextant un problème lié au Wi-Fi.
Après avoir obtenu son numéro de téléphone, l’interlocuteur aurait affirmé avoir échangé avec sa mère et lui aurait demandé de récupérer les bijoux. Le jeune homme raconte avoir ouvert l’armoire avant de remettre le sac contenant les biens à un chauffeur de taxi, conformément aux instructions reçues.
Eva Tra évoque un possible réseau
Entendue à son tour, Eva Traoré a expliqué avoir découvert le vol après avoir constaté une série d’appels provenant de numéros privés et de lignes Tigo.
L’animatrice affirme avoir ensuite échangé avec les personnes qui la contactaient. Selon son témoignage, une conversation de 17 minutes aurait notamment porté sur l’identification de certains bijoux.
Eva Traoré dit avoir été convaincue qu’elle avait affaire à plusieurs personnes. « Je pense que c’est un réseau », a-t-elle déclaré devant le tribunal.
Les versions contradictoires de Baye Guèye
Poursuivi pour recel, Baye Guèye a rejeté toute implication dans le vol. Le peintre affirme qu’il se trouvait à Kaolack au moment des faits dans le cadre de ses activités professionnelles.
Le tribunal lui a toutefois opposé des déclarations attribuées à l’enquête, selon lesquelles il aurait reconnu avoir reçu 400 000 FCFA après la vente des bijoux. Il aurait expliqué avoir utilisé cette somme pour acheter les médicaments de sa mère.
À la barre, le prévenu a contesté ces déclarations, affirmant avoir subi des violences de la part des enquêteurs.
Le dossier mentionne également un déplacement en Gambie avec Mouhamed Coulibaly pour vendre de l’or. Baye Guèye nie également avoir tenu de tels propos.
Les éléments techniques au cœur des débats
Mouhamed Coulibaly a, lui aussi, contesté les faits. Il affirme ne posséder qu’un téléphone de marque Oppo.
La présidente du tribunal lui a cependant opposé les réquisitions techniques versées au dossier, faisant état d’un téléphone Motorola dont l’IMEI aurait été localisé.
Selon les éléments de l’enquête, des appels auraient été effectués vers le téléphone fixe du domicile d’Awa Traoré à partir du numéro de Mouhamed Coulibaly et de celui de son épouse.
Le prévenu reconnaît avoir possédé le téléphone Motorola, mais soutient l’avoir confié à sa femme avant que l’appareil ne soit perdu dans une forêt.
La Sonatel réclame un million de FCFA
Constituée partie civile, la Sonatel, représentée par Me Moulaye Kane, a demandé la condamnation de Mouhamed Coulibaly pour usurpation de fonction civile de la Sonatel.
L’avocat estime que l’utilisation de l’identité de l’entreprise a porté atteinte à son image et à son fonctionnement. Il réclame ainsi un million de FCFA en réparation du préjudice.
Les conseils d’Eva Traoré ont également plaidé la culpabilité des deux prévenus. Me Aboubacry Barro a réclamé 100 millions de FCFA de dommages et intérêts pour sa cliente.
Me Fatoumata Sall a, pour sa part, évoqué l’hypothèse d’une bande transfrontalière opérant entre le Sénégal et la Gambie. Elle a notamment insisté sur la multiplicité des appels enregistrés au moment des faits.
Cinq ans de prison requis
Dans son réquisitoire, le procureur de la République a estimé que les éléments techniques et les déclarations recueillies au cours de l’enquête permettaient d’établir l’implication des prévenus.
Le parquet a également relevé les antécédents judiciaires des deux hommes et écarté les changements de version intervenus à la barre.
Au terme de son réquisitoire, le procureur a requis cinq ans d’emprisonnement ferme contre Mouhamed Coulibaly et Baye Guèye.
La défense de Mouhamed Coulibaly a, pour sa part, plaidé la relaxe au bénéfice du doute. Son avocat, Me Abdou Aziz Diop, a notamment contesté la valeur des réquisitions techniques et le lien entre son client et les faits.
Sans avocat, Baye Guèye a demandé la clémence du tribunal.
L’affaire a été mise en délibéré au 9 octobre 2026.
